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Pompe à chaleur en location dans l’Aisne : droits du locataire, devoirs du bailleur

Une locataire de 34 ans à Saint-Quentin souhaite poser un multisplit pour améliorer son confort estival. Son bailleur, peu réactif, répond par SMS de manière évasive. Elle hésite : peut-elle installer l’équipement sans accord formel ? Doit-elle assumer tous les coûts ? Qu’adviendra-t-il à la fin du bail ? Chaque année, des milliers de locataires de l’Aisne se posent ces questions, alors que le cadre juridique a été simplifié par le décret n° 2022-1026 du 20 juillet 2022.

Comprendre les règles applicables au bail d’habitation est essentiel pour savoir ce qu’il est possible de faire dans un logement loué — et à quel coût.

Le cadre général : la loi du 6 juillet 1989

La loi n° 89-462 du 6 juillet 1989 encadre les relations entre bailleurs et locataires. Elle définit les obligations de chaque partie :

Pour le bailleur :

  • délivrer un logement décent (norme décence fixée par le décret 2002-120)
  • garantir la jouissance paisible du logement
  • entretenir le logement pour le maintenir en état d’usage normal
  • réaliser toutes les grosses réparations non imputables au locataire

Pour le locataire :

  • payer le loyer et les charges
  • user du logement raisonnablement
  • assurer l’entretien courant et les menues réparations
  • répondre des dégradations et pertes de son fait

Le décret n° 87-712 du 26 août 1987 précise les réparations locatives à la charge du locataire.

Le décret 2022-1026 : une révolution pour les locataires

Le décret n° 2022-1026 du 20 juillet 2022 permet aux locataires de réaliser des travaux d’économie d’énergie à leurs frais, sans accord préalable du propriétaire, sous conditions.

Travaux éligibles :

  • installation ou remplacement d’un système de chauffage ou d’ECS, y compris la pompe à chaleur
  • installation d’une ventilation
  • isolation des combles
  • pose de fenêtres performantes
  • autres travaux listés par la réglementation

Procédure à respecter par le locataire :

  1. notification écrite au bailleur par LRAR, détaillant les travaux prévus
  2. délai de réponse de 2 mois accordé au bailleur
  3. en l’absence de réponse dans ce délai : accord réputé acquis
  4. respect des règles : travaux non structurels, réalisés par un professionnel qualifié, sans impact sur les parties communes

Si le bailleur refuse explicitement : le locataire ne peut pas engager les travaux sans son accord. Le refus doit être motivé et notifié par écrit.

À la fin du bail : les travaux réalisés dans ce cadre ne peuvent pas être facturés au locataire. Le bailleur conserve l’équipement sans indemnité.

Qui paie l'entretien au quotidien

Le décret de 1987 stipule que l’entretien courant et les menues réparations relèvent du locataire.

L’entretien réglementaire biennal de la PAC

Le décret 2020-912 impose un entretien biennal des pompes à chaleur de 4 à 70 kW. Cet entretien est considéré comme entretien courant — donc à la charge du locataire, sauf mention contraire dans le bail.

Le locataire doit :

  • souscrire un contrat avec un professionnel RGE QualiPAC (ou faire appel à un professionnel à chaque échéance)
  • payer la prestation (entre 80 et 350 € selon l’équipement)
  • conserver l’attestation d’entretien
  • la transmettre au bailleur sur demande

Certains baux prévoient que le bailleur fournit le contrat d’entretien et en assume le coût, répercuté via les charges ou directement sur le loyer. À vérifier dans le bail.

Les menues réparations

À la charge du locataire :

  • nettoyage des filtres des unités intérieures
  • dépoussiérage des bouches de ventilation
  • petites dégradations d’usage (remplacement d’une télécommande cassée, par exemple)

Les grosses réparations

À la charge du bailleur :

  • remplacement du compresseur (pièce coûtant entre 600 et 1 500 €)
  • réfection du circuit frigorifique
  • remplacement complet de l’équipement en fin de vie
  • mise en conformité liée à un changement de réglementation

Quand l’équipement atteint sa fin de vie ou nécessite une mise aux normes, c’est au bailleur de le remplacer, même si l’ancien modèle fonctionnait encore à l’entrée du locataire.

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Magalie

C'est un peu compliqué, mais nécessaire, non ?

Ce qui change avec les passoires thermiques

Calendrier d’interdiction de location

La loi Climat et Résilience du 22 août 2021 a fixé les échéances suivantes :

  • 1er janvier 2023 : gel des loyers pour les logements classés F et G
  • 1er janvier 2025 : interdiction de louer les DPE G
  • 1er janvier 2028 : interdiction de louer les DPE F
  • 1er janvier 2034 : interdiction de louer les DPE E

Pour les nouveaux baux signés après ces dates, les logements non conformes ne pourront plus être loués. Les baux en cours restent valables, mais le locataire peut saisir la justice pour :

  • réduction de loyer
  • exécution forcée des travaux
  • résiliation du bail en cas de carence persistante

Ces recours se développent dans l’Aisne, notamment à Saint-Quentin et Soissons, où les locataires sont de mieux en mieux informés.

Les obligations du bailleur pour lever l’interdiction

Pour continuer à louer un logement classé F ou G après les dates butoirs, le bailleur doit engager des travaux permettant d’atteindre au minimum la classe E (pour un F) ou D (pour un G, à horizon 2028).

Ces travaux sont entièrement à la charge du bailleur. Les aides MaPrimeRénov’ sont accessibles, avec des plafonds majorés pour les propriétaires bailleurs depuis 2022. Dans l’Aisne, le dispositif Hauts-de-France Pass Rénovation peut également être mobilisé pour les rénovations globales.

Le cas particulier de la climatisation estivale

La climatisation estivale n’est pas un critère de décence obligatoire dans un logement.

La climatisation n’est pas considérée comme un élément de décence. Un bailleur ne peut donc pas être contraint d’installer une pompe à chaleur air/air par son locataire sous peine de sanctions pour non-décence.

Exception notable : si le logement est situé sous les toits, sans protection solaire, et que la température intérieure dépasse structurellement 35 °C en été, la jurisprudence pourrait qualifier le logement d’insalubre (article 1719 du Code civil, article L1331-22 du Code de la santé publique). Les décisions restent rares et dépendent des circonstances.

En pratique :

  • locataire souhaitant une climatisation : peut l’installer à ses frais, sous réserve du décret 2022-1026
  • bailleur installant une climatisation : argument commercial fort pour fidéliser le locataire et justifier le loyer

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Magalie

C'est bon à savoir pour éviter les mauvaises surprises, non ?

Les autorisations nécessaires

Même sous le régime simplifié du décret 2022-1026, le locataire doit obtenir l’autorisation préalable du propriétaire pour toute modification du logement.

  • l’accord implicite du bailleur (absence de réponse sous 2 mois à la LRAR)
  • la déclaration préalable de travaux en mairie si l’unité extérieure modifie l’aspect extérieur
  • en copropriété : l’autorisation de l’assemblée générale pour la pose sur partie commune

Attention : le décret 2022-1026 simplifie les relations bailleur-locataire, mais pas les obligations d’urbanisme ou de copropriété. Le locataire doit toujours respecter les règles applicables au logement.

Pour les baux meublés ou les résidences étudiantes, les règles sont identiques à celles des baux nus. Pour les logements sociaux, les bailleurs (OPH, HLM) ont souvent des procédures internes spécifiques — se renseigner auprès du gardien ou du siège.

La remise en état à la sortie

Si les travaux relèvent du décret 2022-1026

Le locataire peut quitter le logement sans remise en état. La pompe à chaleur reste propriété du bailleur. Aucune indemnisation n’est due au locataire pour la valeur de l’équipement.

Si les travaux ont été réalisés sans respecter la procédure

Le bailleur peut exiger la remise en état : dépose de la pompe à chaleur, rebouchage des percements, réfection des murs, et éventuellement des dommages-intérêts si le bien a été dégradé.

Cette distinction est cruciale. Il est toujours recommandé de tracer par écrit les échanges avec le bailleur avant tout travaux, même en cas de bonne entente.

Si le bailleur a installé la pompe à chaleur

L’équipement reste dans le logement. Le locataire ne peut pas l’emporter. À la sortie, l’état des lieux vérifie le bon fonctionnement ; usages normaux = à la charge du bailleur, dégradations anormales = à la charge du locataire.

Comment éviter les litiges

Quelques conseils pratiques pour locataires et bailleurs :

Côté locataire :

  • écrire toutes les demandes (LRAR recommandée, email pour les échanges courants)
  • conserver devis, factures, attestations d’entretien
  • photographier le logement avant travaux
  • informer le bailleur à l’installation et à la sortie
  • ne pas improviser : respecter le décret 2022-1026 pour bénéficier de la protection légale

Côté bailleur :

  • préciser dans le bail les obligations d’entretien (qui paie quoi)
  • répondre dans les 2 mois à toute demande LRAR du locataire
  • si accord : définir par écrit les conditions (choix de l’installateur, respect esthétique, réversibilité éventuelle)
  • si refus : motiver par écrit de manière fondée
  • conserver les attestations d’entretien transmises par le locataire

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Magalie

C'est une bonne nouvelle pour les locataires, non ?

Les exceptions et cas particuliers

Baux saisonniers et meublés de tourisme

Les locations meublées de tourisme (Airbnb, gîtes) échappent en grande partie au cadre de la loi du 6 juillet 1989. Les règles du décret 2022-1026 ne s’appliquent pas. Les relations bailleur-locataire y sont régies par le contrat de location saisonnière.

Baux professionnels

Les locations de locaux professionnels (cabinet médical, bureau, commerce) ont leur propre régime. Les règles varient selon la destination et le bail spécifique.

Logements sociaux

Les HLM et OPH de l’Aisne ont leurs procédures internes. Il est conseillé de demander la procédure adaptée au service clientèle avant tout projet.

Le point économique pour les locataires

Investir dans une pompe à chaleur à ses frais dans un logement loué peut se justifier par des calculs financiers précis.

Investir dans une pompe à chaleur à ses frais dans un logement dont on n’est pas propriétaire peut sembler paradoxal. Pourtant, le calcul peut être pertinent :

Arguments pour :

  • amortissement rapide si le locataire reste plusieurs années (économies annuelles estimées entre 500 et 1 500 € par rapport à un chauffage électrique ou un climatiseur mobile)
  • confort significativement amélioré, surtout dans les logements mal isolés du parc ancien de l’Aisne
  • protection de l’équipement à la sortie (décret 2022-1026)

Arguments contre :

  • pas de plus-value récupérable (la pompe à chaleur reste au bailleur)
  • coût initial supporté seul
  • risque de conflits à la sortie si la procédure n’a pas été respectée

Pour un locataire prévoyant de rester 4 ans ou plus dans un logement, avec un bailleur coopératif, l’investissement est souvent rentable. Pour un bail court (étudiant, saisonnier), l’opportunité est moins évidente.


Sources :

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