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Ateliers de céramique dans l'Aube : tomettes et carrelages champenois revisités

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L’Aube, terre de transition entre la Champagne crayeuse et la Bourgogne, abrite une tradition céramique profondément ancrée dans son patrimoine architectural. Des sols en tomettes des maisons à pans de bois de Troyes aux carrelages émaillés des hôtels particuliers de la Renaissance, ces revêtements incarnent un savoir-faire transmis depuis le Moyen Âge. Aujourd’hui, les ateliers locaux perpétuent ces techniques tout en les réinventant pour répondre aux attentes contemporaines, entre authenticité des matériaux et audace créative.

Histoire des tomettes et carrelages dans l'Aube

Les origines de la production céramique dans l’Aube remontent à l’époque gallo-romaine, avec des traces d’ateliers identifiés près de Troyes et Bar-sur-Aube. Au XIIe siècle, les tomettes hexagonales en terre cuite s’imposent dans les demeures bourgeoises et les édifices religieux, notamment dans la cité médiévale de Troyes, où leur format standardisé (environ 18 centimètres de côté) permet des poses en motifs géométriques complexes. Ces carreaux, cuits à basse température, résistent particulièrement bien au climat océanique dégradé de la région, marqué par des hivers froids et des étés chauds.

La Renaissance champenoise, période faste pour Troyes, voit l’émergence des carrelages émaillés, inspirés des techniques flamandes et bourguignonnes. Les hôtels particuliers de la ville, comme ceux de la rue Champeaux, arborent encore des sols aux décors polychromes, mêlant motifs floraux et blasons familiaux. À Bar-sur-Seine, les ateliers locaux développent des compositions aux influences gothiques, avec des entrelacs et des rosaces stylisées. Les carreaux, souvent de grand format (30x30 cm), sont posés en damier ou en tapis centraux, mettant en valeur les boiseries des pièces de réception.

Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme la production. Les fabriques s’installent près des gisements d’argile de la Champagne humide, notamment autour des lacs de la Forêt d’Orient, où la présence d’eau facilite le travail de la terre. Les tomettes, souvent teintées aux ocres locaux, deviennent un élément caractéristique des maisons de vignerons de la Côte des Bar et des fermes de la plaine de Champagne. Leur déclin au XXe siècle, face à la concurrence des revêtements industriels, est aujourd’hui compensé par un regain d’intérêt pour les matériaux naturels, porté par la rénovation du patrimoine troyen et les projets écoresponsables.

Les techniques traditionnelles de fabrication

La fabrication des tomettes et carrelages aubois suit un processus artisanal rigoureux, transmise de génération en génération. L’argile, extraite des carrières de la Champagne humide ou des bords de l’Aube, est sélectionnée pour sa teneur en silice et en oxydes de fer, qui lui confèrent après cuisson une teinte rougeâtre ou ocre caractéristique. Une fois extraite, elle est malaxée avec de l’eau pour obtenir une pâte plastique, appelée "barbotine", puis laissée à reposer plusieurs jours pour homogénéiser sa texture.

Le façonnage s’effectue selon deux méthodes ancestrales. Pour les tomettes hexagonales, la pâte est pressée manuellement dans des moules en bois de chêne, souvent hérités du XIXe siècle, puis démoulée avec précaution pour éviter les déformations. Les carrelages émaillés, quant à eux, sont d’abord découpés en plaques à l’aide de fils tendus, puis estampés pour créer des reliefs ou des motifs en creux. L’émaillage, étape clé pour les pièces d’intérieur, consiste à appliquer une glaçure à base de silice, de feldspath et de pigments naturels (cobalt pour les bleus, oxyde de cuivre pour les verts) avant une cuisson à 1 000 °C, qui vitrifie la surface.

La cuisson, réalisée dans des fours à bois ou à gaz, dure entre 10 et 12 heures. Les pièces sont disposées sur des étagères en matériaux réfractaires, avec un espacement calculé pour permettre une circulation optimale de la chaleur. La montée en température, lente et contrôlée, évite les chocs thermiques qui pourraient fissurer les carreaux. Les tomettes destinées aux sols extérieurs subissent parfois une "recuisson" à plus basse température pour renforcer leur résistance au gel, une précaution indispensable dans le climat aubois. Ce savoir-faire, encore enseigné dans les ateliers de Troyes et Romilly-sur-Seine, allie précision technique et sensibilité artistique.

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Magalie

C'est fascinant, ces traditions qui perdurent, non ?

Les ateliers de céramique spécialisés dans l'Aube

L’Aube compte une quinzaine d’ateliers dédiés aux tomettes et carrelages traditionnels, concentrés autour de Troyes, Romilly-sur-Seine et la Côte des Bar.

À Troyes, les ateliers se spécialisent dans la restauration du patrimoine, collaborant avec les Architectes des Bâtiments de France pour reproduire des motifs historiques identiques à ceux des hôtels particuliers de la Renaissance. Ces structures, comme l’atelier Terres de Champagne (situé près de la cathédrale), disposent d’archives de moules anciens et de carnets de motifs datant du XVIe siècle. Leur expertise s’étend aux techniques de pose à l’ancienne, avec des mortiers à la chaux adaptés aux supports en pans de bois. Certains proposent des visites guidées pour expliquer les étapes de fabrication, attirant aussi bien les particuliers que les professionnels du bâtiment.

Dans la Côte des Bar, autour de Bar-sur-Aube et Les Riceys, les ateliers perpétuent une production plus rurale, axée sur les tomettes brutes et les carreaux émaillés aux motifs viticoles (feuilles de vigne, grappes de raisin). Ces structures, souvent familiales, misent sur des séries limitées et des créations sur mesure pour les domaines champenois ou les gîtes ruraux. Leur approche intègre les contraintes du climat local, avec des finitions anti-glisse pour les caves humides ou des émaux résistants aux variations de température. L’atelier Argile & Vigne à Essoyes, par exemple, collabore avec des designers pour créer des collections inspirées des paysages de la Côte des Bar, comme la gamme "Crayères" aux tons minéraux.

À Romilly-sur-Seine et Nogent-sur-Seine, les ateliers se distinguent par leur capacité à innover tout en respectant les techniques traditionnelles. Plusieurs d’entre eux, comme Céramiques de la Seine, développent des carrelages contemporains en utilisant des argiles locales mélangées à des pigments modernes (noirs de carbone, blancs titane). Ces créations, destinées aux intérieurs design, s’inspirent des palettes de la région : ocres des falaises de la Seine, bleus des lacs de la Forêt d’Orient, ou verts des forêts auboises. La proximité des gisements d’argile et des fours à bois permet une production 100 % locale, avec une empreinte carbone réduite.

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Magalie

C'est pratique, ces carrelages traditionnels dans nos intérieurs, vous trouvez pas ?

Les motifs et designs des tomettes et carrelages

Les motifs des carrelages aubois reflètent l’histoire et les paysages de la région.

Les motifs traditionnels des tomettes et carrelages aubois s’inspirent de l’art gothique et Renaissance, avec une prédominance des compositions géométriques et florales. Les décors les plus emblématiques incluent :

  • Les rosaces champenoises : motifs en étoile à huit branches, souvent associés à des entrelacs, inspirés des vitraux de la cathédrale Saint-Pierre-et-Saint-Paul de Troyes.
  • Les frises viticoles : rinceaux de vigne et grappes de raisin, typiques de la Côte des Bar, où les carreaux émaillés reproduisent les cépages locaux (Pinot Noir, Chardonnay).
  • Les damiers bicolores : alternance de carreaux rouges et noirs, hérités des sols des halls des hôtels particuliers troyens du XVIIIe siècle.

Les couleurs dominantes proviennent des pigments naturels de la région :

  • Les ocres (jaune pâle à rouge bâille), extraits des carrières de la Champagne humide.
  • Les bleus (cobalt), évoquant les lacs de la Forêt d’Orient.
  • Les verts (oxyde de cuivre), rappelant les forêts et les vergers de la vallée de l’Aube.

Les ateliers contemporains revisitent ces motifs en jouant sur les contrastes : des tomettes hexagonales noires et blanches pour un effet graphique, ou des carreaux émaillés aux dégradés de bleu pour évoquer les reflets de l’eau. Certains, comme l’atelier Couleurs de l’Aube à Sainte-Savine, proposent des collections "patrimoniales" reproduisant fidèlement les sols des églises romanes de la région, tandis que d’autres misent sur des créations abstraites, comme les séries "Lacs" ou "Vignobles", où les motifs stylisés s’inspirent des paysages locaux.

Les applications contemporaines des carrelages traditionnels

Les carrelages traditionnels aubois s’intègrent aujourd’hui dans des projets variés, alliant patrimoine et modernité.

Dans les maisons individuelles, ils habillent les sols des pièces à vivre, où leur inertie thermique atténue les variations de température, un atout dans le climat aubois aux hivers froids. Leur pose en opus incertum, avec des joints larges à la chaux, crée un effet rustique qui s’accorde avec les poutres apparentes ou les murs en pierre de taille. Les architectes les intègrent également en revêtement mural, comme dans les cuisines ouvertes, où une frise de carreaux émaillés bleu cobalt peut délimiter un espace repas.

Dans les cuisines et salles de bains, les tomettes émaillées offrent une alternative durable aux revêtements synthétiques. Leur résistance aux chocs et aux produits ménagers en fait un choix prisé pour les plans de travail ou les crédences. Les ateliers locaux, comme Céramiques de Troyes, proposent des finitions anti-taches et anti-glisse, conformes aux normes sanitaires. Pour les espaces extérieurs, les carreaux en terre cuite non émaillée, traités contre le gel, résistent aux intempéries et au piétinement, idéaux pour les terrasses ou les allées de jardin. Leur porosité naturelle limite les risques de surchauffe en été, contrairement aux dalles en béton.

Les commerces et lieux publics adoptent également ces revêtements pour leur caractère identitaire. À Troyes, plusieurs boutiques du centre historique ont restauré leurs sols en tomettes hexagonales, tandis que des restaurants de la Côte des Bar, comme ceux des Riceys, misent sur des carrelages aux motifs viticoles pour renforcer leur ancrage local. Les collectivités encouragent cette tendance : la ville de Troyes subventionne la rénovation des façades commerciales avec des matériaux traditionnels via son dispositif d’aide à l’immobilier commercial. Dans les hôtels, comme ceux du parc de la Forêt d’Orient, les carrelages émaillés aux motifs géométriques apportent une touche d’élégance intemporelle, notamment dans les halls ou les spas.

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Magalie

Ça vous touche, ce savoir-faire local, hein ?

Les matériaux utilisés pour les tomettes et carrelages

La terre cuite, matériau emblématique des tomettes et carrelages aubois, se distingue par sa composition minérale unique. L’argile, prélevée dans les gisements de la Champagne humide ou des bords de l’Aube, est riche en oxydes de fer et en silice, ce qui lui confère une résistance mécanique élevée après cuisson. Pour les pièces destinées aux sols extérieurs, les artisans incorporent parfois des chamottes (argile cuite broyée) pour réduire la porosité et améliorer la résistance au gel, un impératif dans le climat aubois.

Les émaux, appliqués sur les carrelages d’intérieur, sont composés de silice, de feldspath et de pigments minéraux naturels :

  • Oxyde de fer pour les tons ocre et rouge.
  • Cobalt pour les bleus profonds, inspirés des lacs de la région.
  • Oxyde de cuivre pour les verts, évoquant les forêts et les vergers.

Les ateliers locaux, comme Émaux de l’Aube à Saint-André-les-Vergers, privilégient les pigments extraits de carrières régionales pour préserver l’authenticité des teintes. Les émaux modernes intègrent des additifs écologiques pour renforcer leur résistance aux rayures, tout en conservant un aspect artisanal. La cuisson à haute température (950–1 100 °C) fusionne l’émail avec le support, créant une surface vitrifiée et imperméable.

Pour les joints, les artisans utilisent des mortiers à base de chaux hydraulique naturelle, adaptés aux supports anciens et aux variations climatiques de la région. Ces mortiers, plus souples que les ciments modernes, absorbent les mouvements du bâtiment sans se fissurer. Leur teinte, souvent ocre ou grise, s’harmonise avec les carreaux. Dans les pièces humides, des joints hydrofuges à base de chaux et de résines naturelles sont appliqués pour prévenir les infiltrations. Certains ateliers, comme Terres & Couleurs à Pont-Sainte-Marie, proposent des joints teintés dans la masse pour un rendu personnalisé.


Sources :

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