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Ateliers de céramique en Côtes-d'Armor : tomettes et carrelages traditionnels revisités

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Les Côtes-d'Armor, terre de contrastes entre la Côte de Granit Rose et l'arrière-pays bocager, abritent une tradition céramique profondément ancrée dans son patrimoine architectural. Des sols en tomettes des maisons de pêcheurs de Paimpol aux carrelages émaillés des hôtels particuliers de Dinan, ces revêtements incarnent un savoir-faire transmis depuis des siècles. Aujourd’hui, les ateliers locaux perpétuent ces techniques tout en les adaptant aux exigences contemporaines, entre respect des matériaux bruts et innovations esthétiques.

Histoire des tomettes et carrelages en Côtes-d'Armor

Les premières traces de production céramique dans les Côtes-d'Armor remontent à l'époque gallo-romaine, avec des ateliers identifiés près de Lamballe et Loudéac. Au Moyen Âge, les tomettes rectangulaires en terre cuite s’imposent dans les maisons à colombages de Dinan et les églises romanes du Trégor, comme la cathédrale de Tréguier. Leur format allongé (environ 15x30 cm) facilite leur pose en motifs linéaires, adaptés aux intérieurs étroits des maisons bretonnes. Ces carreaux, cuits à basse température, offrent une résistance remarquable à l’humidité ambiante, caractéristique du climat océanique.

La Renaissance voit l’émergence des carrelages émaillés, introduits par les marchands italiens fréquentant les ports de Saint-Brieuc et Lannion. Les ateliers locaux développent alors des décors aux influences celtiques et armoricaines, avec des motifs de triskèles et d’entrelacs. Les hôtels particuliers de Saint-Brieuc, comme la maison des Ducs, conservent encore des sols en carrelage polychrome datant du XVIe siècle, où dominent les tons bleus et verts, inspirés des paysages marins. À Paimpol, le carrelage prend une dimension utilitaire dans les entrepôts de salaisons, où sa robustesse résiste à l’humidité et aux sels marins.

Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme la production. Des fabriques s’installent près des gisements d’argile de Ploufragan et Plérin, permettant une diffusion massive des tomettes dans les fermes et les maisons de pêcheurs. Ces carreaux, souvent teintés aux ocres locaux, deviennent un marqueur identitaire de l’architecture bretonne, des maisons de granit de la Côte de Granit Rose aux longères de l’arrière-pays. Leur popularité décline cependant après la Seconde Guerre mondiale, avant de connaître un regain d’intérêt avec la rénovation des centres historiques de Dinan et Moncontour.

Les techniques traditionnelles de fabrication

La fabrication des tomettes et carrelages traditionnels en Côtes-d'Armor repose sur un processus artisanal transmise de génération en génération. L’argile, prélevée dans les carrières de Ploufragan et de la vallée du Léguer, est riche en kaolin et en oxydes de fer, lui conférant une teinte beige à rougeâtre après cuisson. Une fois extraite, elle est malaxée avec de l’eau de pluie, puis tamisée pour éliminer les impuretés. Cette pâte, appelée "barbotine", est ensuite laissée à reposer plusieurs semaines pour homogénéiser sa texture.

Le façonnage s’effectue selon deux méthodes principales. Pour les tomettes rectangulaires, la pâte est pressée dans des moules en bois de chêne, souvent sculptés à la main, avant d’être démoulée et séchée à l’air libre sous des abris ventilés. Les carrelages émaillés, plus fins, sont découpés à l’emporte-pièce après avoir été roulés au laminoir. L’émaillage, réservé aux pièces intérieures, utilise des glaçures à base de cendres de bois et de feldspath, appliquées au pinceau ou par pulvérisation. La cuisson, réalisée dans des fours à bois ou à gaz, dure entre 12 et 24 heures, avec une montée en température progressive pour éviter les fissures.

La particularité des ateliers costarmoricains réside dans l’utilisation de fours à flamme inversée, une technique héritée des potiers du Trégor. Cette méthode permet une cuisson plus homogène, essentielle pour les pièces émaillées aux motifs complexes. Les tomettes destinées aux sols extérieurs subissent parfois un traitement supplémentaire à la cire d’abeille, pour renforcer leur résistance à l’eau. Ce savoir-faire, enseigné dans les ateliers de Ploufragan et Lamballe, exige une connaissance approfondie des argiles locales et de leur comportement à la cuisson.

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Magalie

C'est fascinant, ce patrimoine artisanal, non ?

Les ateliers de céramique spécialisés dans les Côtes-d'Armor

Les Côtes-d'Armor comptent une quinzaine d’ateliers spécialisés dans la production de tomettes et carrelages traditionnels, concentrés principalement autour de Saint-Brieuc, Lannion et Dinan.

À Saint-Brieuc, les ateliers se concentrent sur la restauration du patrimoine, collaborant avec les Architectes des Bâtiments de France pour reproduire des motifs historiques des hôtels particuliers du centre-ville. Ces structures disposent de moules anciens, permettant de recréer des décors spécifiques aux maisons à pans de bois du XVIe siècle. Leur expertise s’étend aux techniques de pose à l’ancienne, avec des joints en chaux de Saint-Astier, adaptés aux supports en granit.

Dans le Trégor, autour de Lannion et Paimpol, les ateliers perpétuent une production plus artisanale, axée sur les tomettes brutes et les carreaux émaillés aux motifs celtiques. Ces structures, souvent familiales, proposent des séries limitées et des créations sur mesure pour les particuliers souhaitant rénover une longère ou une maison de pêcheur. Leur approche intègre les contraintes du climat océanique, avec des finitions anti-glisse pour les sols extérieurs et des émaux résistants à l’humidité. Certains, comme l’atelier Terres de Trégor à Ploumanac’h, organisent des stages pour transmettre les techniques de modelage et d’émaillage.

À Dinan et Lamballe, les ateliers se distinguent par leur capacité à marier tradition et modernité. Plusieurs collaborent avec des designers pour revisiter les motifs armoricains, en jouant sur les contrastes de couleurs inspirées des paysages locaux : bleus des Sept-Îles, verts des landes de la Hunaudaye, ocres des falaises de Plouha. Ces créations, destinées aux intérieurs contemporains, intègrent des techniques de cuisson innovantes, comme la réduction en atmosphère contrôlée pour obtenir des effets métallisés. La proximité des gisements d’argile et des fours à bois permet une production en circuit court, valorisée par le label Produit en Bretagne.

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Magalie

C'est inspirant, ces applications modernes, non ?

Les motifs et designs des tomettes et carrelages

Les motifs des tomettes et carrelages costarmoricains s’inspirent de l’art celtique et des paysages marins, avec une prédominance des compositions géométriques et des entrelacs. Les décors les plus répandus associent des triskèles, des spirales et des motifs de vagues, souvent organisés en frises ou en tapis centraux. À Dinan, les sols des maisons médiévales arborent des motifs "à la bretonne", où des rinceaux végétaux stylisés encadrent des symboles héraldiques ou des scènes de pêche. Ces compositions, réalisées à la main avec des pochoirs en cuir, exigent une précision extrême pour respecter les symétries.

Les couleurs traditionnelles reflètent les ressources naturelles de la région. Les bleus, obtenus à partir de cobalt, dominent les palettes, évoquant les reflets de la Manche et de l’Atlantique. Les verts, tirés de l’oxyde de cuivre, rappellent les landes et les forêts de la Hunaudaye, tandis que les ocres, extraits des carrières de Plérin, apportent des tons chauds. Les ateliers de la Côte de Granit Rose intègrent parfois des pigments minéraux locaux, comme les sables roses de Ploumanac’h, pour créer des effets uniques. Les motifs contemporains explorent des contrastes plus audacieux, avec des aplats de noir de tourbe ou des dégradés de gris, tout en conservant une base de terre cuite pour préserver l’authenticité du matériau.

Les formats des carreaux varient selon leur usage et leur époque. Les tomettes rectangulaires, mesurant généralement entre 15x30 cm et 20x40 cm, sont posées en damier ou en chevrons pour créer un effet de mouvement. Les carrelages carrés, plus courants dans les intérieurs bourgeois de Saint-Brieuc, adoptent des dimensions standardisées (20x20 cm ou 30x30 cm) pour faciliter leur pose en motifs géométriques. Certains ateliers proposent aujourd’hui des formats sur mesure, comme des carreaux allongés (10x40 cm) pour les crédences de cuisine ou des dalles de grand format (50x50 cm) pour les sols contemporains, tout en conservant les motifs traditionnels adaptés aux espaces modernes.

Les applications contemporaines des carrelages traditionnels

Les carrelages traditionnels des Côtes-d'Armor s’imposent aujourd’hui dans des projets architecturaux variés, alliant patrimoine et modernité. Dans les maisons individuelles, ils habillent les sols des pièces à vivre, où leur inertie thermique contribue à réguler l’humidité ambiante, un atout dans un climat océanique marqué par des hivers humides. Leur pose en opus incertum, avec des joints larges à la chaux, crée un effet rustique qui s’accorde avec les matériaux locaux comme le granit ou le bois de chêne. Certains architectes les intègrent également dans les murs, en revêtement partiel ou en frise, pour structurer les espaces sans alourdir la décoration.

Dans les cuisines et salles de bains, les tomettes émaillées offrent une alternative durable aux revêtements synthétiques. Leur résistance aux chocs et aux produits ménagers en fait un choix judicieux pour les plans de travail ou les crédences, où leur aspect artisanal apporte une touche d’authenticité. Les ateliers locaux proposent des finitions anti-taches et anti-glisse, adaptées aux normes d’hygiène et de sécurité. Pour les espaces extérieurs, les carreaux en terre cuite non émaillée, traités contre le gel, résistent aux intempéries et au piétinement, idéaux pour les terrasses ou les abords de jardin. Leur porosité naturelle limite les risques de glissance, même sous la pluie fréquente de la région.

Les commerces et lieux publics misent également sur ces revêtements pour leur caractère identitaire. À Saint-Brieuc, plusieurs crêperies et boutiques d’artisanat ont adopté des sols en tomettes pour évoquer l’histoire de la ville, tandis qu’à Perros-Guirec, des hôtels de bord de mer jouent sur les contrastes entre carrelages bleus et murs blancs pour créer une ambiance maritime. Les collectivités locales, comme la Communauté d’Agglomération de Lannion-Trégor, encouragent cette tendance en subventionnant la rénovation des façades commerciales avec des matériaux traditionnels. Dans les hébergements touristiques, les carrelages émaillés aux motifs armoricains apportent une touche d’élégance intemporelle, notamment dans les halls d’entrée ou les espaces bien-être, où leur résistance à l’humidité est un atout.

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Magalie

Ça vous touche, ce savoir-faire local, non ?

Les matériaux utilisés pour les tomettes et carrelages

La terre cuite, matériau emblématique des tomettes et carrelages costarmoricains, se distingue par sa composition minérale riche en kaolin et en illite, lui conférant une plasticité idéale pour le modelage. L’argile utilisée provient principalement des gisements de Ploufragan, Plérin et de la vallée du Léguer, où sa teneur en oxydes de fer et en mica lui donne une teinte naturelle allant du beige au rouge brique. Pour les pièces destinées aux sols extérieurs, certains ateliers incorporent des chamottes – des fragments d’argile cuite broyée – ou des fibres végétales locales (comme le chanvre), pour réduire la porosité et limiter les risques de fissuration liés aux variations de température et d’humidité.

Les émaux, appliqués sur les carrelages destinés aux intérieurs, sont composés d’un mélange de silice, de feldspath potassique (extraits des carrières de Loudéac) et de pigments minéraux. Les couleurs traditionnelles – bleus de cobalt, verts de cuivre, ocres ferreux – sont obtenues à partir d’oxydes métalliques locaux. Les ateliers de la Côte de Granit Rose utilisent parfois des cendres d’algues séchées, collectées après les marées, pour créer des effets irisés uniques. Les émaux modernes intègrent des additifs naturels, comme la cire de carnauba, pour améliorer leur résistance aux rayures, tout en conservant leur aspect artisanal. La cuisson à haute température (entre 950 et 1 100 °C) fusionne l’émail avec le support, créant une surface vitrifiée imperméable et durable.

Pour les joints, les artisans utilisent des mortiers à base de chaux hydraulique naturelle de Saint-Astier, adaptés aux supports en granit et aux conditions climatiques humides. Ces mortiers, plus souples que les ciments modernes, absorbent les mouvements du bâtiment sans se fissurer, tout en permettant une évaporation naturelle de l’humidité, essentielle dans les maisons bretonnes. Leur teinte, souvent grise ou ocre, s’harmonise avec les couleurs des carreaux. Dans les pièces humides, comme les salles de bains, des joints hydrofuges à base de chaux et de savon noir sont appliqués pour prévenir les infiltrations. Certains ateliers proposent également des joints teintés avec des pigments naturels (comme la terre de Sienne), pour un rendu plus discret ou plus contrasté, selon l’effet recherché.

Sources :

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