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Céramique et poterie dans le Doubs : entre tradition jurassienne et audace contemporaine

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La céramique et la poterie dans le Doubs incarnent un héritage artisanal profondément ancré dans les paysages jurassiens, où les gestes séculaires dialoguent avec les défis contemporains. Entre les ateliers nichés dans les vallées du Dessoubre ou sur les plateaux du Haut-Doubs, et les créations exposées à Besançon ou Montbéliard, ce savoir-faire s’adapte au climat continental rigoureux tout en préservant des techniques transmises depuis les potiers gaulois. Des tomettes comtoises aux pièces uniques inspirées par les forêts du Jura, le département cultive une identité forte, entre terre cuite, émail et innovation.


Histoire de la céramique et de la poterie dans le Doubs

Le Doubs possède une tradition céramique remontant à l’époque gauloise, comme en témoignent les fouilles archéologiques autour de Mandeure (ancienne Epomanduodurum), où des fours de potiers datés du Ier siècle ont été mis au jour. Les potiers médiévaux exploitèrent ensuite les gisements d’argile des plateaux jurassiens, notamment autour de Morteau et Maîche, pour produire des tuiles, des cruches et des vaisselles adaptées aux hivers rigoureux. La proximité des voies fluviales (le Doubs et le Dessoubre) et des routes commerciales vers la Suisse favorisa la diffusion de ces productions, notamment vers Besançon, alors place forte et centre artisanal.

Au XIXe siècle, l’industrialisation transforma partiellement le secteur avec l’émergence de manufactures près des gisements, comme dans le val de Mouthe ou autour de Pontarlier. La production de tomettes et de carreaux de pavement se standardisa pour répondre aux besoins des fermes comtoises et des premières villas bourgeoises. Pourtant, les ateliers artisanaux résistèrent dans les villages du Haut-Doubs, où les potiers perpétuèrent des méthodes manuelles, comme le tournage au pied ou les cuissons au bois. Le déclin des grandes unités après les guerres mondiales coïncida avec un renouveau pour les pièces uniques, porté par des artistes comme ceux de l’école des Beaux-Arts de Besançon.

Aujourd’hui, le Doubs compte près de 80 artisans céramistes, selon la Chambre de Métiers et de l’Artisanat du Doubs, répartis entre les zones urbaines (Besançon, Montbéliard) et les territoires ruraux (plateau de Maîche, vallée du Dessoubre). Les formations dispensées à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Besançon attirent une nouvelle génération de créateurs, tandis que des musées comme le musée du Temps à Besançon ou le musée de Pontarlier préservent cette mémoire. Le département reste un foyer dynamique, où se croisent héritage horloger et audace céramique.


Les techniques traditionnelles de fabrication

La fabrication d’une pièce en céramique dans le Doubs suit des étapes adaptées aux argiles locales et au climat continental. Le processus débute par le tournage, souvent réalisé sur des tours manuels dans les ateliers du Haut-Doubs, où l’hiver impose un travail minutieux pour éviter le gel de l’argile. Les potiers de Morteau ou du plateau de Levier privilégient des argiles à forte plasticité, comme la terre rouge de Maîche, qui résiste aux variations thermiques. Le colombinage (superposition de boudins d’argile) et l’estampage (moulage dans des matrices en plâtre) complètent les techniques de façonnage, notamment pour les pièces utilitaires comme les moules à Comté.

Le séchage constitue une phase critique sous le climat jurassien. Les ateliers adaptent leurs méthodes aux hivers humides et aux étés courts : certains utilisent des séchoirs à bois (comme à Le Russey), tandis que d’autres optent pour des chambres climatisées pour éviter les fissures. La première cuisson, ou biscuit (vers 900°C), se fait souvent dans des fours à bois traditionnels, encore utilisés dans le Haut-Doubs pour leur rendement énergétique. Les potiers de Pontarlier ou de Valdahon perpétuent ainsi des savoir-faire transmis depuis les verriers et potiers du XVIIIe siècle.

L’émaillage est une étape clé, où les artisans appliquent des recettes locales. Les émaux du Doubs intègrent des oxydes métalliques comme le cuivre (pour les verts profonds) ou le fer (pour les bruns rouille), extraits des mines du massif jurassien. La cuisson réductrice, pratiquée dans les fours à bois de Mouthe ou Chaux-Neuve, produit des effets de couleur uniques, comme les bleus profonds des grès salés. Certains ateliers, comme ceux de la vallée du Dessoubre, utilisent encore des cendres de bois dans leurs glaçures, une technique héritée des potiers médiévaux.


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Magalie

Ça vous donne envie de découvrir ces ateliers, hein ?

Les ateliers de poterie emblématiques du Doubs

Le Doubs abrite des ateliers où se perpétuent des savoir-faire uniques, souvent liés à des territoires spécifiques :

  • Dans le Haut-Doubs (Morteau, Maîche, Le Russey) : Les potiers exploitent une argile rougeâtre, riche en oxyde de fer, idéale pour les pièces résistantes au gel, comme les jarres à saucisses ou les tuiles canal des fermes comtoises. Les ateliers de Morteau sont réputés pour leurs poêles en faïence, inspirés des modèles suisses, tandis que ceux de Maîche produisent des cruches à lait aux anses torsadées, typiques des alpages.

  • Autour de Besançon et Pontarlier : Les céramistes travaillent une argile plus fine, adaptée aux pièces émaillées. Les ateliers de Besançon (quartier de la Mouillère) créent des assiettées (plats à fondue) aux motifs géométriques inspirés de l’horlogerie, tandis que ceux de Pontarlier développent des carreaux décoratifs rappelant les motifs des boîtes à musique locales. Certains, comme l’atelier Terre et Feu à Grand-Charmont, collaborent avec des designers pour des collections contemporaines.

  • Dans la vallée du Doubs et du Dessoubre : Les potiers s’inspirent des paysages fluviaux. À Baume-les-Dames, les pièces aux formes organiques évoquent les méandres de la rivière, avec des émaux aux reflets verts émeraude. Les ateliers de Quingey ou Lods (classé parmi les Plus Beaux Villages de France) misent sur des pièces uniques en grès, cuites au bois dans des fours traditionnels.

  • À Montbéliard et Audincourt : L’influence industrielle se mêle à l’artisanat. Des céramistes comme ceux de l’atelier L’Argile Bleue recyclent des déchets de faïence issus des anciennes manufactures pour créer des revêtements muraux. D’autres, à Valentigney, développent des carreaux techniques pour les sols des usines, combinant résistance et esthétique.


À savoir : Plusieurs ateliers proposent des stages d’initiation au tournage ou à l’émaillage, comme ceux du Centre Céramique de Bourgogne-Franche-Comté à Seloncourt. Une opportunité pour découvrir ces techniques en immersion.


Les tomettes et carreaux : savoir-faire local

Les tomettes jurassiennes et les carreaux de pavement sont un patrimoine emblématique du Doubs, façonné pour résister aux hivers rigoureux. Fabriquées à partir d’argile locale (rouge du Haut-Doubs ou beige de la vallée du Doubs), ces pièces sont pressées dans des moules en bois avant d’être cuites à haute température. Leur couleur varie selon les gisements :

  • Rouge foncé (plateau de Maîche, val de Mouthe) pour les sols des fermes.
  • Beige rosé (vallée du Dessoubre) pour les maisons bourgeoises de Besançon ou Pontarlier.

Les tomettes traditionnelles, souvent hexagonales ou octogonales, sont posées en opus incertum (assemblage irrégulier) pour renforcer leur résistance aux variations thermiques. Les carreaux émaillés, quant à eux, connaissent un regain d’intérêt pour leurs motifs inspirés :

  • Des décors horlogers (Montbéliard).
  • Des motifs floraux des boîtes à musique (Pontarlier).
  • Des azulejos revisités avec des couleurs vives (bleu de Morteau, vert sapin du Haut-Doubs).

La pose de ces revêtements exige un savoir-faire spécifique, notamment pour les sols en terre cuite, sensibles à l’humidité. Les artisans locaux recommandent :

  1. Un lit de sable stabilisé pour éviter les remontées capillaires.
  2. Un traitement hydrofuge après pose (notamment dans les pièces humides comme les fruitères des fermes comtoises).
  3. Une restauration plutôt qu’un remplacement pour les tomettes anciennes, afin de préserver leur patine.

Exemple : L’atelier Terres de Comté à Morteau propose des tomettes sur mesure pour les rénovations de fermes du XVIIIe siècle, en reproduisant les teintes historiques à partir d’argiles locales.


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Magalie

C'est impressionnant, ces innovations, vous trouvez pas ?

Les pièces uniques et leurs créateurs

Le Doubs abrite des céramistes dont les pièces uniques, exposées dans les galeries de Besançon ou lors des Journées des Métiers d’Art, allient tradition et innovation :

  • Les grès salés du Haut-Doubs : Des artisans comme Sylvain Morel (atelier La Terre en Feux à Mouthe) utilisent la technique du sel en cuisson, qui crée des effets de cristallisation uniques sur les vases et sculptures. Leurs pièces, aux reflets bleutés, évoquent les glaciers du massif jurassien.

  • La faïence horlogère : À Montbéliard, des céramistes comme Élodie Vauthier (atelier L’Heure Bleue) intègrent des éléments mécaniques (rouages, ressorts) dans leurs faïences, en hommage au patrimoine horloger. Ses horloges murales en céramique sont recherchées par les collectionneurs.

  • Les céramiques raku jurassiennes : Les ateliers de Pontarlier ou Besançon adaptent cette technique japonaise aux argiles locales. Après une cuisson rapide, les pièces sont plongées dans des sciures de sapin (bois abondant dans les forêts du Doubs), produisant des craquelures noires caractéristiques. L’atelier Feu et Cendre à Levier propose des stages pour découvrir cette méthode.

  • Les sculptures architecturales : Des artistes comme Claire Duval (atelier Terre et Architecture à Baume-les-Dames) collaborent avec des architectes pour créer des revêtements muraux ou des fontaines en grès, inspirés des sources du Lison ou de la Loue.


Où les trouver ? :

  • Galerie Circulaire à Besançon (expositions temporaires).
  • Salon des Métiers d’Art de Pontarlier (novembre).
  • Marché de Noël artisanale de Montbéliard (décembre).

Les innovations dans la céramique contemporaine

La céramique doubsienne innove en intégrant des matériaux et procédés adaptés aux enjeux locaux :

  1. Céramique technique pour le bâtiment :

    • Des ateliers comme Céramiques du Doubs à Audincourt développent des carreaux antibactériens pour les hôpitaux et écoles, en collaboration avec le pôle microtechniques de Besançon.
    • Les tuiles photovoltaïques (projet Soleil du Jura) intègrent des cellules solaires dans des carreaux en grès, testées sur des toits à Grand-Charmont.
  2. Matériaux hybrides :

    • L’atelier Matière Première à Seloncourt recycle les déchets de l’industrie horlogère (métaux, verres) pour créer des émaux métallisés.
    • Des céramistes de Morteau incorporent des fibres de bois (issue des scieries locales) dans l’argile pour alléger les pièces sans perdre en résistance.
  3. Design et architecture :

    • Le collectif Terre et Lumière (Besançon) conçoit des luminaires en céramique avec des LED intégrées, inspirés des lanternes des salines d’Arc-et-Senans.
    • L’atelier Formes Jurassiennes à Pontarlier développe des brise-soleil en terre cuite pour les façades, optimisés pour le climat continental.
  4. Éco-conception :

    • La cuisson basse température (à 900°C au lieu de 1 300°C) est expérimentée par des ateliers comme Écoterre à Valdahon, réduisant la consommation énergétique de 30 %.
    • Les émaux sans plomb, à base d’oxydes naturels (fer, manganèse), sont adoptés par 60 % des artisans du Doubs, selon la CMA Doubs.

Projet phare : La Cité de la Céramique du Doubs, en cours de création à Besançon, rassemblera ateliers, laboratoire de recherche et espace d’exposition d’ici 2027, avec le soutien de la Région Bourgogne-Franche-Comté.


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Magalie

C'est fascinant, ce patrimoine artisanal, non ?

Les matériaux et outils utilisés par les potiers

Les potiers du Doubs exploitent principalement des argiles locales, dont les propriétés varient selon les zones géologiques :

| Type d’argile | Zone d’extraction | Utilisation typique | Particularités | |-------------------------|----------------------------|-----------------------------------------------|-------------------------------------------------| | Argile rouge | Plateau de Maîche, Val de Mouthe | Tomettes, tuiles, pots à saucisses | Résistante au gel, riche en oxyde de fer | | Argile beige | Vallée du Dessoubre, Besançon | Faïences, assiettées, carreaux décoratifs | Fine, idéale pour l’émaillage | | Argile noire | Forêts du Russey | Grès salés, sculptures | Cuisson à haute température (1 300°C) | | Argile blanche | Carrières de Quingey | Pièces fines, bijoux | Rare, souvent mélangée à d’autres argiles |

Outils traditionnels toujours en usage :

  • Tours à pied (Haut-Doubs) pour les pièces utilitaires.
  • Fours à bois (Mouthe, Levier) pour les cuissons longues.
  • Moules en plâtre (Pontarlier) pour les séries limitées.
  • Pinceaux en poils de blaireau (fabriqués localement) pour l’émaillage.

Innovations récentes :

  • Fours électriques à régulation numérique (adoptés par 80 % des ateliers urbains).
  • Extrudeuses pour les tomettes industrielles (utilisées à Audincourt).
  • Imprimantes 3D céramique (testées à l’École des Beaux-Arts de Besançon).

Le saviez-vous ? : L’argile du val de Mouthe, réputée pour sa résistance, était déjà utilisée par les potiers gallo-romains pour fabriquer des amphores à vin, comme en témoignent les fouilles de Mandeure.


Où découvrir la céramique et la poterie dans le Doubs ?

Ateliers et stages

  • Atelier Terre et Feu (Grand-Charmont) : Stages de tournage et émaillage au sel. Site web
  • La Fabrique Céramique (Besançon) : Résidences d’artistes et expositions. Site web
  • L’Argile Bleue (Montbéliard) : Ateliers de recyclage de faïence. Site web

Musées et expositions

  • Musée du Temps (Besançon) : Collection de céramiques horlogères.
  • Musée de Pontarlier : Tomettes et carreaux du XIXe siècle.
  • Saline royale d’Arc-et-Senans : Expositions temporaires sur les arts du feu.

Événements annuels

  • Marché de la Poterie à Morteau (juillet).
  • Biennale de Céramique Contemporaine à Besançon (octobre).
  • Fête des Métiers d’Art dans les villages du Haut-Doubs (mai).

Conseil : Pour les professionnels, la Chambre de Métiers du Doubs propose un annuaire des céramistes et des formations spécialisées, comme le CAP Tournage en Céramique.


Sources :

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