Ateliers de céramique dans le Gers : tomettes et carrelages traditionnels revisités
Le Gers, terre de collines et de bastides entre Gascogne et Occitanie, perpétue une tradition céramique profondément ancrée dans son patrimoine architectural. Des sols en tomettes des maisons à colombages d’Auch aux carrelages émaillés des hôtels particuliers de Lectoure, ces revêtements incarnent un savoir-faire transmis depuis des siècles. Aujourd’hui, les ateliers locaux perpétuent ces techniques tout en les adaptant aux exigences contemporaines, entre respect des matériaux bruts et innovations esthétiques.
Histoire des tomettes et carrelages dans le Gers
Les premières traces de production céramique dans le Gers remontent à l’époque gallo-romaine, avec des ateliers identifiés près d’Eauze, ancienne cité prospère sur la voie d’Aquitaine. Au Moyen Âge, les tomettes hexagonales ou carrées en terre cuite s’imposent dans les bastides gasconnes et les édifices religieux, notamment à Condom et Vic-Fezensac, où leur format standardisé (entre 15 et 20 centimètres de côté) facilite leur pose en motifs géométriques. Ces carreaux, cuits à basse température, offrent une résistance remarquable aux variations climatiques du Sud-Ouest, entre étés chauds et hivers humides.
La Renaissance et l’époque moderne voient l’essor des carrelages émaillés, influencés par les échanges avec l’Espagne et l’Italie. Lectoure, alors capitale de l’Armagnac, devient un foyer de création où les artisans développent des décors polychromes aux motifs végétaux et héraldiques. Les sols des hôtels particuliers de la ville, comme ceux de la rue Nationale, témoignent encore de cette période faste. Dans l’Astarac, les tomettes brutes, souvent teintées à l’ocre rouge, deviennent un marqueur des maisons rurales, des fermes laitières aux granges à tabac.
Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme la production avec l’ouverture de tuileries près des gisements d’argile de la Lomagne et du Bas-Armagnac. Ces ateliers, comme ceux de Fleurance ou de Mauvezin, permettent une diffusion massive des tomettes dans les maisons de village. Leur déclin au XXe siècle, face à la concurrence des revêtements synthétiques, est aujourd’hui compensé par un regain d’intérêt pour les matériaux traditionnels, porté par la rénovation des bastides et des maisons à pans de bois d’Auch ou de Mirande.
Les techniques traditionnelles de fabrication
La fabrication des tomettes et carrelages traditionnels dans le Gers suit un processus artisanal transmise de génération en génération. L’argile, extraite des carrières de la Lomagne ou des coteaux de l’Astarac, est sélectionnée pour sa teneur en oxydes de fer, qui lui confère après cuisson cette teinte rougeâtre caractéristique. Une fois séchée et broyée, elle est mélangée à de l’eau pour obtenir une pâte plastique, appelée "barbotine", dont la texture est ajustée en fonction de l’usage final (sol intérieur ou extérieur).
Le façonnage s’effectue selon deux méthodes principales. Pour les tomettes, la pâte est pressée dans des moules en bois, souvent fabriqués en frêne local, avant d’être démoulée et laissée sécher à l’air libre pendant une à deux semaines. Les carrelages émaillés, plus fins, sont estampés en plaques puis découpés aux dimensions souhaitées. L’émaillage, réservé aux pièces destinées aux intérieurs, intervient après un premier séchage : une couche de glaçure, composée de silice, de feldspath et de pigments naturels (ocres de Lectoure, cobalt pour les bleus), est appliquée au pinceau ou par trempage.
La cuisson, réalisée dans des fours à bois ou à gaz, est l’étape la plus critique. Les pièces sont disposées sur des étagères réfractaires, avec un espacement précis pour éviter les déformations. La montée en température, lente et contrôlée, dure généralement 12 à 15 heures, suivie d’un palier à 950-1 050 °C pour fixer les couleurs. Les tomettes destinées aux sols extérieurs subissent parfois une cuisson supplémentaire pour renforcer leur résistance au gel, une contrainte climatique majeure dans les zones d’altitude comme l’Astarac.
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Les ateliers de céramique spécialisés dans le Gers
Le Gers compte une dizaine d’ateliers spécialisés dans la production de tomettes et carrelages traditionnels, principalement concentrés autour d’Auch, Lectoure et Condom.
À Auch, les ateliers se consacrent à la restauration du patrimoine, collaborant avec les Monuments Historiques pour reproduire des motifs du XVIIe siècle, comme ceux de la cathédrale Sainte-Marie ou des hôtels particuliers de la ville basse. Ces structures disposent de collections de moules anciens, permettant de recréer des décors spécifiques aux bastides gasconnes. Leur expertise s’étend aux techniques de pose traditionnelles, avec des mortiers à la chaux adaptés aux supports en torchis ou en pierre de taille.
Dans l’Astarac et la Lomagne, les ateliers perpétuent une production plus rurale, axée sur les tomettes brutes et les carreaux émaillés aux motifs géométriques inspirés des décors armagnacais. Ces structures, souvent familiales, proposent des séries limitées et des créations sur mesure pour les particuliers rénovant une ferme ou une grange. Leur approche intègre les contraintes du climat local, avec des finitions anti-glisse pour les sols extérieurs ou des émaux résistants aux UV pour les terrasses exposées au vent d’autan. Certains, comme l’atelier Terres de Gascogne à Mirande, organisent des stages pour transmettre les techniques de modelage et d’émaillage.
À Lectoure et Condom, les ateliers se distinguent par leur capacité à marier tradition et modernité. Plusieurs collaborent avec des designers pour revisiter les motifs classiques, en jouant sur les contrastes de couleurs (ocres de Lomagne, bleus de pastel) ou les formats atypiques. Ces créations, destinées aux intérieurs contemporains, s’inspirent des palettes locales tout en intégrant des techniques de cuisson innovantes, comme la réduction pour obtenir des effets métallisés. La proximité des gisements d’argile permet une production en circuit court, valorisée par le label Sud de France.
Les motifs et designs des tomettes et carrelages
Les motifs des tomettes et carrelages gersois puisent leur inspiration dans l’histoire locale, avec une prédominance des compositions géométriques héritées de l’art roman et gascon. Les décors les plus répandus associent des croix occitanes, des losanges et des rosaces, souvent organisés en frises ou en tapis centraux. À Lectoure, les sols des hôtels particuliers du XVIIIe siècle arborent des motifs "à la gasconne", où des rinceaux végétaux stylisés (vignes, feuilles de tabac) encadrent des blasons ou des initiales. Ces compositions, réalisées à la main avec des pochoirs en cuir, exigent une précision millimétrique pour éviter les raccords visibles.
Les couleurs traditionnelles reflètent les ressources minérales du Gers. Les ocres, extraits des carrières de Lomagne, dominent les palettes, déclinés en tons chauds allant du jaune pâle au rouge brique. Les bleus, obtenus à partir de cobalt, évoquent les reflets des lacs de l’Armagnac, tandis que les verts, tirés de l’oxyde de cuivre, rappellent les collines de l’Astarac. Certains ateliers intègrent des pigments locaux, comme les terres blanches de Sarrant, pour créer des effets de contraste. Les motifs contemporains explorent des associations plus audacieuses, avec des aplats de noir de carbone ou des dégradés de gris, tout en conservant une base de terre cuite pour préserver l’authenticité du matériau.
Les formats des carreaux varient selon leur usage et leur époque. Les tomettes hexagonales ou carrées, mesurant généralement entre 15 et 20 centimètres de côté, sont posées en quinconce ou en damier pour créer des effets de perspective. Les carrelages rectangulaires, plus courants dans les intérieurs bourgeois, adoptent des dimensions standardisées (20x20 cm ou 30x30 cm) pour faciliter leur pose en opus incertum. Certains ateliers proposent aujourd’hui des formats sur mesure, comme des carreaux allongés (10x40 cm) pour les crédences de cuisine ou des dalles de grand format (50x50 cm) pour les sols contemporains, tout en respectant les proportions historiques.
Les applications contemporaines des carrelages traditionnels
Les carrelages traditionnels gersois s’imposent aujourd’hui dans des projets architecturaux variés, bien au-delà de la restauration du bâti ancien. Dans les maisons individuelles, ils habillent les sols des pièces à vivre, où leur inertie thermique contribue à réguler la température intérieure, un atout dans un climat marqué par des amplitudes thermiques importantes. Leur pose avec des joints larges à la chaux crée un effet rustique qui s’accorde avec les matériaux locaux comme le bois de chêne ou la pierre calcaire de Larressingle.
Dans les cuisines et salles de bains, les tomettes émaillées offrent une alternative durable aux revêtements synthétiques. Leur résistance aux chocs et aux produits ménagers en fait un choix judicieux pour les plans de travail ou les crédences, où leur aspect artisanal apporte une touche d’authenticité. Les ateliers locaux proposent des finitions anti-taches et anti-glisse, adaptées aux normes d’hygiène. Pour les espaces extérieurs, les carreaux en terre cuite non émaillée, traités contre le gel, résistent aux intempéries et au piétinement, idéaux pour les terrasses ou les abords de piscine. Leur porosité naturelle limite les risques de surchauffe en été, contrairement aux dalles en béton.
Les commerces et lieux publics misent également sur ces revêtements pour leur caractère identitaire. À Auch, plusieurs cafés et boutiques d’artisanat ont adopté des sols en tomettes pour évoquer l’histoire de la ville, tandis qu’à Condom, des restaurants jouent sur les contrastes entre carrelages bleus et murs en pierre blonde pour créer une ambiance gasconne. Les collectivités locales, comme le Conseil départemental du Gers, encouragent cette tendance en subventionnant la rénovation des façades commerciales avec des matériaux traditionnels. Dans les hôtels et gîtes ruraux, les carrelages émaillés aux motifs géométriques apportent une touche d’élégance intemporelle, notamment dans les halls d’entrée ou les suites, où leur résistance à l’humidité est un atout.
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Les matériaux utilisés pour les tomettes et carrelages
La terre cuite, matériau emblématique des tomettes et carrelages gersois, se distingue par sa composition minérale riche en oxydes de fer et en kaolin, extraits des gisements de Lomagne et du Bas-Armagnac. Cette argile, dite "grasse", contient également des particules de quartz et de mica, qui améliorent sa résistance mécanique. Pour les pièces destinées aux sols extérieurs, certains ateliers incorporent des chamottes – des fragments d’argile cuite broyée – pour réduire la porosité et limiter les risques de fissuration liés aux cycles de gel-dégel, fréquents dans les zones d’altitude comme l’Astarac.
Les émaux, appliqués sur les carrelages destinés aux intérieurs, sont composés d’un mélange de silice, de fondants (feldspath, cendres de bois) et de pigments minéraux. Les couleurs traditionnelles – ocres de Lectoure, bleus de cobalt, verts de cuivre – sont obtenues à partir d’oxydes métalliques locaux. Les ateliers privilégient les pigments naturels, comme ceux extraits des carrières de Sarrant, pour préserver l’authenticité des teintes. Les émaux modernes intègrent parfois des additifs bio-sourcés pour améliorer leur résistance aux rayures, sans altérer leur aspect artisanal. La cuisson à haute température (950-1 050 °C) fusionne l’émail avec le support, créant une surface vitrifiée imperméable.
Pour les joints, les artisans utilisent des mortiers à base de chaux hydraulique naturelle, adaptés aux supports anciens (torchis, pierre calcaire) et aux conditions climatiques du Gers. Ces mortiers, plus souples que les ciments modernes, absorbent les mouvements du bâtiment sans se fissurer, tout en permettant une évaporation naturelle de l’humidité – un atout dans les maisons à colombages d’Auch ou de Mirande. Leur teinte, souvent ocre ou blanche, s’harmonise avec les couleurs des carreaux. Dans les pièces humides, des joints hydrofuges à base de chaux et de pouzzolane sont appliqués pour prévenir les infiltrations.
Comment choisir des tomettes ou carrelages pour son intérieur ?
Le choix d’un carrelage traditionnel dépend de plusieurs critères, à commencer par l’usage (sol intérieur, extérieur, mur) et l’esthétique souhaitée. Pour les sols intérieurs, privilégiez les tomettes émaillées, plus faciles à entretenir, tandis que les versions brutes conviennent aux extérieurs grâce à leur résistance naturelle. Les ateliers gersois, comme Terres d’Armagnac à Condom, proposent des échantillons pour tester les nuances sous différents éclairages.
La taille des carreaux influence la perception de l’espace : les petits formats (15x15 cm) conviennent aux pièces de taille modeste, tandis que les grands carreaux (40x40 cm) agrandissent visuellement les surfaces. Pensez également à la pose : un motif en damier classique apporte de la structure, tandis qu’une pose en quinconce crée du mouvement. Les artisans locaux, formés aux techniques traditionnelles, peuvent vous conseiller sur les associations de motifs et de couleurs en fonction de votre projet.
Enfin, vérifiez la provenance des matériaux : une argile locale, comme celle de Lomagne, garantit une meilleure adaptation au climat gersois. Certains ateliers, labellisés Sud de France, s’engagent dans une démarche éco-responsable, avec des cuissons optimisées pour réduire l’empreinte carbone. Pour les projets de rénovation, consultez les aides disponibles : la Région Occitanie propose des subventions pour la préservation du patrimoine bâti, comme le Pass Occitanie - artisanat/commerce, qui peut couvrir jusqu’à 50 % des dépenses éligibles (plafond 10 000 €).
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C'est plutôt pratique et esthétique, ces carrelages traditionnels, hein ?
Exemples de réalisations locales en tomettes et carrelages
- Restauration d’un hôtel particulier à Lectoure : L’atelier Céramiques de Gascogne a reproduit à l’identique les carrelages émaillés du XVIIIe siècle, avec des motifs floraux bleus et jaunes, pour le hall d’entrée d’une demeure classée. Les artisans ont utilisé des pigments naturels et une cuisson au bois pour respecter les teintes d’origine.
- Rénovation d’une ferme en Astarac : Des tomettes hexagonales brutes, posées en quinconce, ont été installées dans la cuisine et le salon, avec des joints à la chaux teintée à l’ocre. Le projet a bénéficié d’un accompagnement de la Chambre des Métiers du Gers pour optimiser l’isolation thermique.
- Aménagement d’un gîte à Sarrant : Un mélange de carrelages émaillés aux motifs géométriques (losanges bleus et blancs) et de tomettes brutes a été utilisé pour différencier les espaces, avec une pose en damier dans les chambres et en opus incertum dans les parties communes. Les carreaux ont été traités avec un hydrofuge naturel pour résister à l’humidité.
Entretien et durabilité des carrelages en terre cuite
Pour préserver l’aspect et la durabilité de vos tomettes ou carrelages, un entretien régulier est essentiel. Commencez par un nettoyage doux : utilisez une serpillière humide et un savon noir dilué pour les sols intérieurs, en évitant les produits acides qui pourraient altérer l’émail. Pour les sols extérieurs, un balayage régulier suivi d’un lavage à l’eau claire suffit généralement. En cas de taches tenaces (vin, huile), appliquez une pâte de bicarbonate de soude et d’eau, puis rincez abondamment.
La protection contre l’humidité est cruciale, surtout dans les pièces comme les salles de bains ou les cuisines. Appliquez un hydrofuge à base de silane (disponible chez les artisans locaux) tous les 2 à 3 ans pour limiter l’absorption d’eau et prévenir les auréoles. Pour les carrelages extérieurs, un traitement anti-mousse à base de vinaigre blanc (dilué à 50 %) peut être appliqué au printemps et en automne.
En cas de fissures ou éclats, consultez un artisan céramiste gersois pour une réparation à l’identique. Les ateliers comme L’Argile et le Feu à Fleurance proposent des services de restauration, avec des retouches d’émail ou des remplacements de carreaux abîmés. Avec un entretien adapté, vos tomettes et carrelages traditionnels peuvent durer plusieurs décennies, tout en conservant leur patine authentique.
Sources :
- Conseil régional Occitanie – Aides aux entreprises artisanales
- Chambre des Métiers et de l’Artisanat du Gers
- Conseil départemental du Gers – Patrimoine bâti
- ADEME – Éco-matériaux et rénovation
- France Rénov’ – Guide des matériaux traditionnels
- Parc Naturel Régional des Pyrénées Ariégeoises – Fiches techniques terre cuite (méthodes adaptées au climat du Sud-Ouest)
- Terres de Gascogne (atelier de Mirande) – Documentation technique sur les argiles locales
- Céramiques de Gascogne (Lectoure) – Archive des motifs historiques
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