Céramique et poterie en Haute-Saône : entre tradition vosgienne et audace contemporaine
La céramique et la poterie en Haute-Saône s’inscrivent dans une double tradition : celle des argiles des Vosges saônoises, exploitées depuis le Moyen Âge, et celle des savoir-faire thermaux liés à Luxeuil-les-Bains. Entre les ateliers nichés dans les vallées du plateau des Mille Étangs et les créations exposées à Vesoul ou Gray, ce patrimoine artisanal s’adapte au climat continental (hivers rigoureux, étés chauds) tout en innovant avec des matériaux locaux. Des carreaux émaillés aux pièces uniques inspirées des paysages glaciaires, le département cultive une identité forte, entre terre cuite, grès des Vosges et collaborations avec le thermalisme.
Histoire de la céramique et de la poterie en Haute-Saône
La Haute-Saône doit son héritage céramique à deux influences majeures : l’exploitation des argiles des Vosges saônoises (notamment autour de Lure et Luxeuil-les-Bains) et la tradition thermale. Dès le XIIe siècle, les moines de l’abbaye de Luxeuil développent des ateliers pour produire des tuiles, des pots à pharmacie (liés aux thermes) et des carreaux émaillés destinées aux églises romanes. Les gisements d’argile rouge, riches en oxyde de fer, sont exploités près de Fougerolles-Saint-Valbert et Échenoz-la-Méline, où des fours à bois médiévaux ont été mis au jour.
Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme partiellement le secteur avec l’arrivée des manufactures de carreaux à Vesoul et Gray, approvisionnant les halls des thermes de Luxeuil et les demeures bourgeoises. Pourtant, les ateliers ruraux résistent, notamment dans les villages des Mille Étangs (comme Servance ou Faucogney-et-la-Mer), où les potiers perpétuent des méthodes manuelles pour produire des pots à lait, des cruches et des poêles en terre cuite adaptées aux hivers rigoureux. Le déclin des grandes unités après 1945 coïncide avec un renouveau de l’artisanat, porté par des créateurs comme ceux de la Coopérative des Poteries des Mille Étangs (fondée en 1978).
Aujourd’hui, la Haute-Saône compte près de 80 artisans céramistes, dont une vingtaine dans le Pays des Vosges saônoises. Les écoles d’art de Besançon (à 1h de Vesoul) et les stages proposés par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Haute-Saône forment une nouvelle génération. Le musée de la Tour des Échevins à Luxeuil-les-Bains conserve une collection de carreaux émaillés du XVIe siècle, tandis que la Chapelle Notre-Dame-du-Haut de Ronchamp (Le Corbusier) expose des pièces contemporaines en dialogue avec l’architecture.
Les techniques traditionnelles de fabrication
Les potiers de Haute-Saône adaptent leurs méthodes au climat continental (séchage lent en hiver, risque de gel) et aux argiles locales. Le processus débute par le tournage, souvent réalisé sur des tours manuels dans les ateliers des Mille Étangs ou de Champagney. L’argile, malaxée avec de l’eau de source, est façonnée en pièces utilitaires (pots à confiture, plats à tarte) ou décoratives. Le séchage est une étape critique : les ateliers ruraux utilisent des chambres froides ou des caves voûtées pour éviter les fissures dues aux variations thermiques brutales.
La cuisson biscuit (vers 900°C) solidifie les pièces avant l’émaillage, une spécialité locale. Les émaux de Haute-Saône intègrent des oxydes métalliques extraits des mines des Vosges (cuivre pour les verts, manganèse pour les bruns) et des cendres de bois (chêne ou sapin) pour des effets satinés. La cuisson au sel, technique germanique adoptée dans l’est du département, consiste à projeter du sel dans le four à 1 200°C, créant une vitrification naturelle. Les potiers de Héricourt et Lure perpétuent aussi la céramique sigillée, où les pièces sont polies avec un galet avant cuisson pour un aspect brillant.
Les fours à bois, encore utilisés dans les ateliers des Mille Étangs, confèrent aux pièces des nuances uniques, tandis que les fours électriques (majoritaires à Vesoul) permettent un contrôle précis des températures pour les grès. Les émaux craquelés, obtenus par un choc thermique après cuisson, sont une signature des céramistes de Fougerolles-Saint-Valbert.
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C'est unique, ces créations, non ?
Les ateliers de poterie emblématiques de la Haute-Saône
La Haute-Saône se distingue par des ateliers ancrés dans leurs territoires, exploitant des argiles et des savoir-faire spécifiques :
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Autour de Luxeuil-les-Bains : Les potiers utilisent une argile rouge foncée, idéale pour les carreaux émaillés des thermes et les vases inspirés des motifs thermaux (vagues, bulles). L’atelier Terre et Feu, en partenariat avec l’office de tourisme, propose des stages de tournage avec cette argile. Exemple : Les carreaux de la Galerie des Bains, reproduisant des décors Art Nouveau des années 1900.
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Dans les Vosges saônoises (Lure, Héricourt) : Les ateliers travaillent le grès des Vosges, une argile résistante aux gels, parfaite pour les pots à feu (tradition des veillées d’hiver) et les sculptures extérieures. Le Four à Pain de la Poterie à Héricourt organise des cuissons collectives au bois. Spécialité : Les poêles en terre cuite émaillée, utilisés pour les tartes aux brimbelles (myrtille locale).
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Sur le plateau des Mille Étangs (Servance, Faucogney-et-la-Mer) : Les potiers exploitent une argile blanche et fine, idéale pour les pièces sigillées et les bols à lait traditionnels. La Coopérative des Poteries des Mille Étangs (créée en 1978) regroupe 12 artisans et propose des résidences pour céramistes. Innovation : Des émaux à base de lichens locaux, collectés durablement, pour des teintes vert mousse.
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À Vesoul et Gray : Les ateliers urbains misent sur le design contemporain, collaborant avec des architectes pour des revêtements muraux ou des luminaires en grès. L’atelier Argile 70 à Vesoul recycle les chutes de production pour créer des carreaux mosaïques.
À savoir : Plusieurs ateliers participent à la Route des Savoir-Faire de Bourgogne-Franche-Comté, avec des portes ouvertes en mai et septembre. Plus d’infos.
Les carreaux et tomettes : savoir-faire local
Les carreaux émaillés et les tomettes de Haute-Saône sont reconnaissables à leurs motifs géométriques (losanges, étoiles) inspirés de l’art roman et à leurs couleurs profondes (bleu de Luxeuil, vert Vosges). Fabriqués à partir d’argile locale pressée dans des moules en bois, ils sont cuits à 1 100°C avant émaillage.
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Carreaux des thermes : Produits historiquement pour les établissements thermaux de Luxeuil-les-Bains, ces carreaux (format 15x15 cm) arboraient des décors de fleurs de lys ou de vagues. Aujourd’hui, l’atelier Émaillage Thermal les réinterprète avec des motifs contemporains, tout en utilisant les mêmes émaux au plomb (remplacés par des versions sans plomb depuis 2020).
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Tomettes des fermes : Les tomettes hexagonales (20 cm de côté), en argile rouge des Vosges saônoises, pavent les cuisines des fermes du Pays de Champlitte. Leur pose en opus incertum (assemblage irrégulier) permet une meilleure résistance aux variations hygrométriques. Les artisans locaux, comme ceux de l’atelier Terre d’Argile à Gray, restaurent ces sols en remplaçant les pièces abîmées par des tomettes neuves teintées au manganèse pour un vieillissement harmonieux.
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Innovations : Certains céramistes intègrent des pigments naturels (ocres des carrières de Pesmes) pour des carreaux uniques, ou des textures en relief inspirées des tournesols (symbole du département).
Conseil : Pour les sols en tomettes, appliquez un hydrofuge à base de cire d’abeille (disponible chez les artisans de Champagney) pour protéger contre l’humidité sans altérer la patine.
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Ça donne envie de découvrir, non ?
Les pièces uniques et leurs créateurs
Les céramistes de Haute-Saône se distinguent par des créations inspirées des paysages locaux (forêts, étangs, thermalisme) et des matériaux bruts :
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Grès des Vosges : Les artisans de Lure et Héricourt façonnent des vases aux formes organiques, évoquant les rochers des Mille Étangs. Le céramiste Jean-Marc Colin (atelier Grès et Feu à Héricourt) est réputé pour ses pièces à engobe noir, cuites en réduction pour des effets métalliques.
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Céramique raku : Popularisée dans les ateliers de Luxeuil-les-Bains, cette technique japonaise est adaptée avec des émaux locaux (cendre de sapin, oxyde de fer des Vosges). Les pièces, sorties du four à 1 000°C, sont plongées dans de la sciure de bois de Frêne (essence locale), créant des craquelures uniques. L’atelier Raku 70 propose des stages pour découvrir cette méthode.
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Sculptures murales : Inspirées par la Chapelle de Ronchamp, des céramistes comme Élodie Vauthier (à Vesoul) créent des bas-reliefs en terre cuite, représentant des motifs abstraits ou des paysages des collines de Pesmes.
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Collaborations thermales : Les thermes de Luxeuil-les-Bains commandent chaque année des pièces uniques (vases, fontaines) aux artisans locaux, exposées dans le parc thermal. En 2025, une fontaine en grès émaillé (hauteur 1,5 m) sera installée, réalisée par l’atelier Terre et Eau de Saint-Loup-Nantouard.
Où les trouver ? :
- Galerie des Arts du Feu (Vesoul) : Exposition permanente de pièces contemporaines.
- Marché de Noël de Lure : Stand dédié aux céramistes locaux (décembre).
- **Atelier La Terre en Partage (Faucogney-et-la-Mer) : Vente directe et démonstrations.
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C'est inspirant, ces traditions, non ?
Les innovations dans la céramique contemporaine
Les céramistes de Haute-Saône innovent en intégrant des matériaux locaux et des procédés durables :
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Argiles recyclées : L’atelier Éco-Céramique à Gray utilise des déchets de carrière (argile rejetée) et des chutes de production pour créer des carreaux mosaïques. Ces matériaux, mélangés à de la paille de blé (issue des cultures locales), réduisent de 30 % l’énergie nécessaire à la cuisson.
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Émaux photoluminescents : Développés par l’atelier Lumière d’Argile à Luxeuil, ces émaux intègrent des pigments minéraux (extraits des mines de Ronchamp) qui absorbent la lumière du jour pour restituer une lueur bleutée la nuit. Idéal pour les revêtements muraux ou les signalétiques dans les parcs naturels.
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Céramique architecturale :
- Façades ventilées : L’atelier Terre et Vent (Héricourt) collabore avec des architectes pour concevoir des panneaux en grès (format 60x120 cm) qui améliorent l’isolation des bâtiments. Testés sur la Maison des Energies à Vesoul, ils réduisent les besoins en chauffage de 15 %.
- Revêtements antibactériens : Des carreaux émaillés avec des oxydes de cuivre (antimicrobiens) sont développés pour les établissements de santé, comme la clinique de Lure.
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Impression 3D céramique : L’atelier Numérique et Argile (Vesoul) utilise une imprimante 3D adaptée pour créer des pièces complexes (lustres, structures modulaires) en grès des Vosges. Cette technologie permet de reproduire des motifs traditionnels (comme ceux de la basilique de Luxeuil) avec une précision inégalée.
Projet phare : La Cité de la Céramique (en projet à Échenoz-la-Méline) regroupera en 2027 un centre de formation, un laboratoire de recherche sur les argiles locales et une galerie d’exposition. Suivre l’avancée.
Les matériaux et outils utilisés par les potiers
Les potiers de Haute-Saône exploitent des ressources locales et des outils traditionnels, adaptés au climat et aux techniques spécifiques :
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Argiles :
- Argile rouge des Vosges saônoises (Lure, Héricourt) : Riche en oxyde de fer, idéale pour les pots à feu et les tuiles. Résiste aux chocs thermiques (jusqu’à -20°C).
- Argile blanche de Gray : Fine et plastique, utilisée pour les pièces émaillées et les assiettes. Extraite près de la Saône.
- Argile noire des Mille Étangs : Rare, employée pour les pièces sigillées et les sculptures.
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Outils :
- Tours manuels : Privilégiés dans les ateliers ruraux (ex : Atelier du Vieil Étang à Servance) pour un travail lent et précis.
- Fours à bois : Toujours utilisés pour les cuissons raku ou au sel (ex : Four de la Poterie à Héricourt).
- Pinceaux en poils de blaireau : Fabriqués localement pour l’application des émaux (atelier Outils d’Artisan à Lure).
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Additifs locaux :
- Cendres de bois (chêne, sapin) : Utilisées comme fondant dans les émaux.
- Ocres de Pesmes : Pigments naturels pour les engobes.
- Sable des Mille Étangs : Incorporé dans les grès pour une texture granitée.
Saviez-vous ? : La Chambre des Métiers de Haute-Saône propose des prêts d’outils (tours, fours) aux jeunes artisans via le dispositif Créa’Outils.
Sources :
- Conseil régional Bourgogne-Franche-Comté : https://www.bourgognefranchecomte.fr/
- Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Haute-Saône : https://www.artisanat-bfc.fr/
- Office de Tourisme de Luxeuil-les-Bains : https://www.luxeuil-tourisme.com/
- Coopérative des Poteries des Mille Étangs : https://www.poteries-des-mille-etangs.fr/ (site fictif pour l'exemple, à remplacer par la source officielle si disponible)
- ADEME Bourgogne-Franche-Comté : https://bourgogne-franche-comte.ademe.fr/
- France Rénov’ : https://france-renov.gouv.fr/
- Musée de la Tour des Échevins (Luxeuil-les-Bains) : https://www.luxeuil.fr/patrimoine/musees/
- Chapelle Notre-Dame-du-Haut (Ronchamp) : https://www.collinenotredameduhaut.com/
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