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Ferronnerie d'art en Haute-Saône : les savoir-faire ancestraux toujours en activité

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La ferronnerie d’art, héritière d’un patrimoine métallurgique séculaire, façonne encore aujourd’hui le paysage architectural de la Haute-Saône. Entre les façades des hôtels particuliers de Vesoul, les maisons à colombages de Luxeuil-les-Bains et les fermes des Mille Étangs, les pièces forgées à la main témoignent d’un savoir-faire où la rigueur technique le dispute à l’inventivité esthétique. Ce guide vous invite à découvrir les ateliers encore actifs, les techniques préservées et les défis d’une filière qui allie tradition et innovation, dans un département marqué par l’industrie et l’artisanat d’excellence.


Histoire de la ferronnerie d'art en Bourgogne-Franche-Comté

Dès le Moyen Âge, la Haute-Saône, carrefour entre la Lorraine et la Bourgogne, était un haut lieu de la métallurgie. Les forges locales, alimentées par les forêts des Vosges saônoises et les cours d’eau du plateau, approvisionnaient les chantiers religieux et seigneuriaux en serrurerie, grilles de chœur et pentures. Les influences gothiques, puis Renaissance, ont marqué les réalisations de Luxeuil-les-Bains et Gray, où les artisans intégraient des motifs géométriques ou héraldiques aux structures en fer.

Au XIXe siècle, l’essor de l’industrie sidérurgique – avec des sites comme les forges de Champlitte ou les fonderies de Héricourt – a relancé la demande en ferronnerie d’art. Les maîtres ferronniers de Lure et Vesoul, formés aux techniques du repoussé et du martelage à chaud, réalisaient des portails monumentaux pour les propriétés bourgeoises et les bâtiments publics. À Luxeuil, les balcons en fer forgé des hôtels thermaux reflétaient l’influence des ateliers parisiens, adaptée aux contraintes du climat continental.

Aujourd’hui, cette histoire se lit encore dans les rues de Pesmes ou de Marnay, où les enseignes en fer forgé des maisons à colombages datent pour certaines du XVIIIe siècle. Les archives de la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Haute-Saône conservent des plans et des commandes passées par des familles industrielles, illustrant l’évolution des styles – du baroque au néoclassique, puis à l’Art Nouveau, avec une touche locale marquée par les motifs inspirés de la nature vosgienne.


Les techniques traditionnelles encore utilisées aujourd’hui

Le forgeage à chaud reste le cœur de la ferronnerie d’art en Haute-Saône.

Les artisans chauffent le fer à plus de 1 000 °C dans des foyers alimentés au charbon de bois ou au gaz, jusqu’à ce que le métal devienne malléable sous le marteau. Le martelage sur enclume permet de façonner des volutes, des feuilles de chêne ou de hêtre, ou des rosaces, en utilisant des outils spécifiques comme les tas (outils de formage) ou les chasse-pointes. Les ferronniers saônois excellent particulièrement dans les motifs inspirés de la flore locale – fougères, champignons des Mille Étangs, ou épicéas des Vosges.

Le repoussé, technique consistant à travailler le métal à froid pour créer des reliefs, est encore pratiqué pour les pièces décoratives. Les artisans utilisent des maillets en buis et des poinçons pour sculpter des motifs en creux ou en bosse, souvent inspirés du patrimoine régional, comme les motifs de la chapelle de Ronchamp ou les blasons des cités médiévales.

L’assemblage des éléments repose sur des méthodes ancestrales : le rivetage à chaud pour les structures lourdes (portails, grilles), ou le soudage à la forge pour les pièces plus fines (enseignes, mobilier). Les artisans évitent les soudures électriques industrielles, jugées moins esthétiques et moins durables face aux hivers rigoureux. Les finitions incluent le brunissage, qui protège le fer de l’oxydation tout en lui donnant une patine noire profonde, ou la peinture à la cire, appliquée au pinceau pour préserver les détails face à l’humidité des brouillards automnaux.


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Magalie

Ça serait dommage que ces savoir-faire disparaissent, vous trouvez pas ?

Les ateliers emblématiques de Vesoul et Lure

Vesoul, préfecture et cœur industriel du département, concentre plusieurs ateliers de ferronnerie d’art, souvent installés dans d’anciens bâtiments sidérurgiques réhabilités.

Ces artisans collaborent avec les Architectes des Bâtiments de France pour restaurer des grilles classées ou des garde-corps de monuments, comme ceux de la basilique Saint-Pierre de Luxeuil ou de l’hôtel de ville de Gray. Leurs commandes allient réhabilitation du patrimoine et création contemporaine, avec des pièces sur mesure pour des hôtels particuliers ou des espaces publics, comme les parcs de la ville.

À Lure, historique capitale des forges, les ateliers se concentrent autour des zones artisanales, mais aussi dans le centre-ville, où des boutiques-ateliers exposent des créations inspirées par l’architecture locale. Les ferronniers lurois sont réputés pour leur maîtrise des pièces de grande dimension, comme les portails des domaines agricoles ou les structures métalliques des halles couvertes. Certains collaborent avec des sculpteurs pour intégrer des éléments en fer forgé à des œuvres hybrides, mêlant métal et bois, en hommage au patrimoine forestier du département.

Dans l’arrière-pays, des ateliers familiaux, souvent transmis de génération en génération, se spécialisent dans la restauration de pièces anciennes. À Champlitte ou Fougerolles-Saint-Valbert, ils interviennent sur des éléments de serrurerie médiévale ou des enseignes du XIXe siècle, en utilisant des techniques compatibles avec les matériaux d’origine. Ces artisans travaillent parfois en partenariat avec des charpentiers ou des tailleurs de pierre pour des projets de rénovation globale, comme la restauration des maisons à colombages de Pesmes.


Les réalisations locales : portails, rampes et mobilier métallique

Les portails en fer forgé constituent l’une des réalisations les plus emblématiques de la ferronnerie saônoise.

On en trouve dans les domaines agricoles des plateaux calcaires ou autour des propriétés bourgeoises de Vesoul et Gray, où ils marquent l’entrée avec des motifs géométriques ou des initiales entrelacées, souvent inspirés des blasons locaux. Les plus imposants, pesant plusieurs centaines de kilos, sont assemblés sur place par des équipes de ferronniers et de serruriers, comme ceux qui ornent l’entrée du château de Champlitte ou des demeures thermales de Luxeuil-les-Bains.

Les rampes d’escalier, qu’elles soient intérieures ou extérieures, représentent un autre champ d’expression pour les artisans. À Pesmes, cité médiévale classée, les hôtels particuliers du centre-ville arborent des garde-corps aux volutes complexes, souvent rehaussés de dorures à la feuille. À Héricourt, les maisons de maître des anciens sites industriels intègrent des rampes plus sobres, mais tout aussi travaillées, adaptées au climat continental.

Le mobilier métallique, en plein essor, séduit particuliers et collectivités. Bancs publics, tables de jardin ou luminaires en fer forgé sont commandés pour des espaces extérieurs, comme les places de Luxeuil-les-Bains ou les parcs de Vesoul. Les artisans proposent aussi des pièces d’intérieur – têtes de lit, miroirs ou étagères – qui allient robustesse et élégance, avec des finitions adaptées aux intérieurs contemporains. Certains ateliers, comme ceux de Fougerolles-Saint-Valbert, intègrent même des éléments en cuivre, en hommage à la tradition des alambics locaux.


Les défis de la transmission du savoir-faire

La relève des ferronniers d’art en Haute-Saône se heurte à plusieurs défis structurels.

Le premier est la durée de la formation : un apprenti met cinq à dix ans à maîtriser l’ensemble des techniques, du dessin technique à la forge, en passant par la lecture des plans anciens. Les centres de formation professionnelle, comme ceux de Vesoul ou Lure, peinent à attirer des candidats, malgré des partenariats avec les lycées techniques et les Mission Locales du département. Pour encourager les vocations, la Région Bourgogne-Franche-Comté propose une aide à la création-reprise pour publics précaires (jusqu’à 3 000 €), accessible aux porteurs de projet en ZRR ou FRR, nombreuses en Haute-Saône rurale.

Le coût des matières premières et des outils constitue un autre frein. Le fer forgé, plus onéreux que l’acier industriel, dissuade certains clients, tandis que les machines modernes – comme les presses hydrauliques – représentent un investissement lourd pour les petits ateliers. Les artisans se regroupent souvent en coopératives pour mutualiser les achats ou partager des équipements, avec le soutien de la CCI Haute-Saône.

Enfin, la concurrence des produits standardisés, importés d’Europe de l’Est ou d’Asie, pèse sur le marché. Ces pièces, vendues à bas prix, séduisent les particuliers peu sensibles à la valeur patrimoniale. Pour y répondre, les ferronniers locaux misent sur la personnalisation et la traçabilité, en mettant en avant la durabilité et l’unicité de leurs créations, souvent garanties 10 ans. Certains ateliers, comme ceux de Champagney, organisent des portes ouvertes pour sensibiliser le public à la différence entre une pièce artisanale et une production de série.


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Magalie

C'est impressionnant, ces techniques ancestrales, non ?

Comment reconnaître un travail de ferronnerie d'art de qualité

Un travail de ferronnerie d’art de Haute-Saône se reconnaît d’abord à l’excellence de ses assemblages.

Les soudures doivent être discrètes, voire invisibles, et les rivets parfaitement alignés, sans trace de corrosion prématurée – un critère crucial dans un département soumis à des écarts thermiques importants (de -15°C l’hiver à 35°C l’été). Les motifs, qu’ils soient géométriques ou figuratifs (feuilles de chêne, épis de blé, motifs celtiques), doivent présenter des symétries précises, sans déformation ni bavure. Un examen rapproché permet de repérer les traces de martelage, signe d’un travail manuel plutôt que d’une production industrielle.

La finition est un autre indicateur de qualité. Une pièce bien réalisée ne présente ni aspérité ni résidu de limaille. Les bords sont ébavurés, et les surfaces lissées, même dans les zones difficiles d’accès. Les patines, qu’elles soient naturelles (rouille stabilisée) ou appliquées (brunissage, cire), doivent être uniformes et résistantes aux intempéries, surtout dans les zones humides comme le plateau des Mille Étangs.

Enfin, la durabilité est un critère essentiel. Un fer forgé de qualité ne se déforme pas sous l’effet du gel ou des variations thermiques. Les pièces exposées en extérieur, comme les portails ou les garde-corps, doivent résister à la corrosion sans nécessiter de retouches fréquentes. Les artisans sérieux, comme ceux labellisés EPV (Entreprise du Patrimoine Vivant), proposent des garanties décennales sur leurs réalisations, couvrant à la fois la solidité et l’esthétique.


Les matériaux privilégiés par les artisans haut-saônois

Le fer forgé reste le matériau de prédilection des ferronniers de Haute-Saône.

Issu des aciéries européennes, il est préféré à l’acier doux pour sa meilleure tenue face aux hivers rigoureux et sa capacité à vieillir avec élégance. Les artisans sélectionnent des barres de fer de section carrée ou ronde, selon les besoins du projet, en privilégiant les fournisseurs locaux comme les fonderies de Héricourt.

Le laiton et le bronze sont utilisés pour les pièces nécessitant une résistance accrue à l’oxydation, comme les éléments de serrurerie des églises (grilles de chœur, chandeliers) ou les appliques murales des hôtels thermaux de Luxeuil. Ces alliages, plus coûteux, sont souvent réservés aux projets haut de gamme ou aux restaurations de monuments historiques, comme ceux suivis par la DRAC Bourgogne-Franche-Comté. Leur couleur dorée ou rosée apporte une touche de luxe aux réalisations, comme les rampes de l’hôtel de ville de Gray.

Pour les structures légères, comme les enseignes des commerces de Vesoul ou les éléments de décoration intérieure, certains artisans emploient l’aluminium. Ce métal, plus facile à travailler, permet des créations aériennes (lustres, cloisons), mais il est moins durable que le fer et nécessite des traitements de surface spécifiques pour résister aux UV et à l’humidité des brouillards fréquents en automne. Les ateliers de Fougerolles-Saint-Valbert, spécialisés dans les pièces hybrides (métal et bois), l’utilisent parfois pour des créations contemporaines, comme des mobiliers de terrasse pour les cafés de Luxeuil-les-Bains.

Enfin, le cuivre fait une apparition remarquée dans les réalisations récentes, en hommage à la tradition des alambics de Fougerolles (AOC Kirsch et eaux-de-vie). Certains ferronniers l’intègrent dans des pièces décoratives, comme des enseignes de distilleries ou des luminaires, pour son éclat et sa patine unique.


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Magalie

Ces créations vous donnent envie d'en avoir chez vous, hein ?

Entretien et restauration des pièces en fer forgé

L’entretien d’une pièce en fer forgé en Haute-Saône dépend de son exposition et des conditions climatiques locales.

En extérieur, un nettoyage annuel à l’eau savonneuse (sans javel) est recommandé pour éliminer les dépôts de poussière et de sel, surtout dans les zones humides comme le plateau des Mille Étangs. Les pièces peintes doivent être inspectées chaque printemps pour repérer les éclats de peinture, qui favorisent la rouille. Un ponçage localisé, suivi d’une retouche à la peinture antirouille (type glycéro ou résine alkyde), suffit généralement à préserver l’intégrité du métal. Les artisans conseillent d’appliquer une cire protectrice avant l’hiver pour limiter les effets du gel.

Pour les pièces anciennes, la restauration nécessite des compétences spécifiques. Les ferronniers interviennent pour remplacer les éléments trop corrodés, en reproduisant à l’identique les motifs d’origine, souvent inspirés du patrimoine local (feuillages, motifs géométriques francs-comtois). Le décapage des couches de peinture superposées se fait au chalumeau ou à la brosse métallique, avec précaution pour ne pas altérer le métal. Les patines anciennes, comme le brunissage, sont conservées autant que possible pour préserver l’authenticité de la pièce.

En cas de déformation (due au gel ou à un choc), les artisans utilisent des techniques de redressage à froid pour les pièces fines, ou à chaud pour les structures lourdes. Les soudures de réparation sont réalisées avec des baguettes de fer compatibles, pour éviter les différences de dilatation. Les pièces restaurées reçoivent ensuite un traitement de protection adapté : cire microcristalline pour les intérieurs, peinture à base de résine époxy pour les extérieurs exposés aux intempéries.

Conseil local : Dans les zones rurales, où l’humidité est élevée (comme autour des étangs de la Vingeanne), les ferronniers recommandent un entretien semestriel et l’application d’un produit anticorrosion spécifique, comme ceux utilisés pour les outils agricoles.


Où voir des exemples de ferronnerie d'art en Haute-Saône

Vesoul, préfecture du département, concentre de remarquables exemples de ferronnerie d’art.

Le quartier de la Motte, avec ses hôtels particuliers des XVIIIe et XIXe siècles, regorge de balcons en fer forgé aux motifs floraux ou géométriques. L’hôtel de ville, classé monument historique, présente des grilles et des garde-corps d’une grande finesse, restaurés par des artisans locaux. Les cours intérieures des immeubles du centre-ville abritent aussi des escaliers en fer forgé, souvent méconnus du grand public.

À Luxeuil-les-Bains, station thermale réputée, les halles métalliques du XIXe siècle et la basilique Saint-Pierre illustrent l’apogée de la ferronnerie industrielle et religieuse. Les églises du centre-ville possèdent des grilles de chœur et des chandeliers en fer forgé, restaurés dans le cadre des chantiers de la DRAC. Les hôtels thermaux, comme le Grand Hôtel des Bains, exposent des rampes et des enseignes en métal, témoignages de l’âge d’or thermal.

Dans l’arrière-pays, Pesmes (Cité de caractère) et Champlitte sont des étapes incontournables. Le centre historique de Pesmes, avec ses maisons à colombages, expose des enseignes et des garde-corps qui datent pour certains du XVIIe siècle. À Champlitte, le château-musée et les demeures bourgeoises présentent des exemples de ferronnerie civile et religieuse, souvent associés à des éléments en pierre ou en bois sculpté.

Pour une immersion contemporaine, les parcs et jardins de Vesoul (comme le parc de l’Espace des Lumières) intègrent des bancs et des structures métalliques conçus par des artisans locaux. Les places de Gray, comme la place François-Mitterrand, offrent aussi des exemples de mobilier urbain en fer forgé, alliant fonctionnalité et esthétique, souvent inspirés des motifs de la chapelle de Ronchamp, site UNESCO le plus visité du département.

À ne pas manquer : La chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp, chef-d’œuvre de Le Corbusier, bien que principalement en béton, intègre des éléments de ferronnerie discrets mais remarquables (poignées, grilles), réalisés par des artisans locaux en collaboration avec l’architecte.


Sources :

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