Contrat de travail : CDI, CDD, période d'essai et ruptures
Signer un contrat de travail engage le salarié et l'employeur dans une relation encadrée par un Code du travail dense et une convention collective propre au secteur. Connaître les règles de base évite beaucoup de malentendus, surtout au moment des périodes charnières : entrée dans le poste, rupture, fin de contrat. Voici les repères essentiels.
Les types de contrats
Le CDI reste la forme de contrat la plus répandue en France.
Le CDI : la norme, plus fragile qu'on ne croit
Le Contrat à Durée Indéterminée est la forme "de droit commun" du contrat de travail français. Pas de durée limite, relation vouée à se prolonger sauf rupture voulue par l'une des parties.
Avantages pour le salarié : stabilité, accès facilité au logement et au crédit, droits au chômage en cas de rupture involontaire.
Pour l'employeur : fidélisation, montée en compétence, stabilité organisationnelle.
Fragilités : le CDI peut être rompu à tout moment (par licenciement ou démission), dans le respect des procédures et préavis.
Le CDD : encadré par la loi
Le Contrat à Durée Déterminée doit correspondre à un motif précis listé par la loi (article L.1242-2 du Code du travail) :
- Remplacement d'un salarié absent
- Accroissement temporaire d'activité
- Emploi saisonnier
- Emploi d'usage (intermittents du spectacle, etc.)
- Contrat d'apprentissage ou de professionnalisation
Durée maximale : en général 18 mois renouvelables une fois, avec plafond global (souvent 18-36 mois total selon motif). Un CDD utilisé hors cas autorisé ou requalifié par un juge devient un CDI rétroactif.
Indemnité de fin de contrat : en fin de CDD, le salarié perçoit une prime de précarité de 10 % du salaire total versé (sauf apprentissage, CDD d'usage, refus de CDI proposé).
Les autres contrats
Contrat d'apprentissage : pour les 16-29 ans (ou plus pour certains cas), formation alternée en entreprise et en CFA. Rémunération en % du SMIC selon âge et année de formation.
Contrat de professionnalisation : pour les 16-25 ans ou demandeurs d'emploi de 26 ans et plus. Alternance en entreprise et formation.
Contrat de travail temporaire (intérim) : le salarié est embauché par une agence d'intérim qui le met à disposition d'une entreprise utilisatrice pour une mission. Double contrat : contrat de mise à disposition (entre agence et utilisateur) + contrat de mission (entre agence et salarié).
CDI de chantier / d'opération : CDI lié à la durée d'un chantier ou d'une mission (BTP, recherche, ingénierie). Rupture à la fin du chantier possible.
Contrats courts particuliers : vendanges, service à la personne, etc. Régimes spécifiques.
La période d'essai
Durée maximale
CDI (période d'essai non obligatoire, doit être prévue au contrat) :
- 2 mois pour ouvriers et employés (renouvelable une fois, 4 mois total maximum)
- 3 mois pour agents de maîtrise et techniciens (6 mois total maximum avec renouvellement)
- 4 mois pour cadres (8 mois total maximum avec renouvellement)
CDD : 1 jour par semaine de contrat, plafonné à 2 semaines pour CDD de 6 mois ou moins, 1 mois pour CDD de plus de 6 mois.
Le renouvellement de la période d'essai en CDI doit être expressément prévu dans le contrat ET accepté par écrit par le salarié avant la fin de la première période. Un renouvellement forcé ou oral est sans valeur.
Rupture de la période d'essai
Par l'employeur ou le salarié, à tout moment, sans justification.
Délai de prévenance :
- Rupture par l'employeur : de 24 heures (moins de 8 jours de présence) à 1 mois (3 mois de présence et plus)
- Rupture par le salarié : 48 heures en général (24 heures si moins de 8 jours de présence)
Attention : la rupture de la période d'essai n'est ni un licenciement ni une démission. Pas d'indemnité spécifique, pas de motif à donner. Mais le motif ne doit pas être discriminatoire ou abusif (par exemple, rupture immédiatement après annonce d'une grossesse : requalifiable par les prud'hommes).
Points d'attention
- Le contrat écrit doit mentionner explicitement la période d'essai (durée, conditions de renouvellement). Sans mention, pas de période d'essai.
- La présence effective compte : absences, congés, RTT peuvent suspendre ou prolonger la période d'essai selon règles.
- Pas de période d'essai renouvelée en cas d'embauche en CDI qui suit immédiatement un stage, une période de travail temporaire ou un CDD pour le même poste, dans la limite de l'ancienneté.
La démission
La démission est une rupture volontaire du CDI par le salarié, sans obligation de motiver sa décision. Aucun motif à donner.
Forme : manifestation claire et non équivoque de volonté. Une lettre recommandée avec AR est la forme sûre. Une simple conversation verbale peut être contestée.
Préavis : selon convention collective, généralement 1 à 3 mois selon ancienneté et qualification.
Conséquences :
- Pas d'indemnité (sauf indemnité compensatrice de congés payés non pris)
- Pas d'allocation chômage en principe. Exceptions : démission légitime (liste limitative : démission pour mutation conjoint, violences, non-paiement du salaire, création d'entreprise, etc.) ou démission pour projet professionnel validé par France Travail.
Rétractation : la démission prise à chaud peut être rétractée si elle est contestée dans un délai court après les faits. Le juge prud'homal peut requalifier la démission en prise d'acte si l'employeur a gravement manqué.
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Vous pensez qu'il est important de bien comprendre son contrat de travail ?
Le licenciement
Le licenciement pour motif personnel
Fondé sur des faits reprochés au salarié.
Licenciement pour faute (simple, grave ou lourde) : sanctions pour manquements du salarié.
- Faute simple : motif réel et sérieux (retards répétés, insuffisance professionnelle). Indemnité légale de licenciement + préavis + congés payés.
- Faute grave : comportement rendant impossible le maintien (vol, insultes, mise en danger). Pas d'indemnité, pas de préavis.
- Faute lourde : intention de nuire. Pas d'indemnité, pas de préavis, perte des congés payés.
Licenciement pour inaptitude : médecin du travail déclare le salarié inapte. Obligation de reclassement préalable.
Licenciement pour insuffisance professionnelle : motif réel et sérieux, non fautif. Indemnité + préavis.
Le licenciement économique
Fondé sur la situation de l'entreprise (difficultés économiques, réorganisation, cessation d'activité, mutation technologique).
Procédure obligatoire :
- Entretien préalable avec convocation en RAR 5 jours minimum avant
- Lettre de licenciement motivée envoyée 7 jours après l'entretien (15 jours pour cadres)
- Ordre des licenciements et plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pour les entreprises de 50 salariés et plus licenciant 10 salariés ou plus sur 30 jours
- Priorité de réembauche pendant 1 an
- Contrat de sécurisation professionnelle (CSP) proposé, avec allocation renforcée
Indemnité légale de licenciement + éventuelles indemnités supra-légales selon convention collective ou accord.
Procédure obligatoire pour tout licenciement
- Convocation à un entretien préalable par LRAR, 5 jours ouvrables avant
- Entretien en présence de l'employeur et éventuellement d'un représentant du personnel
- Lettre de licenciement motivée, envoyée 2 jours ouvrables après l'entretien au minimum (jusqu'à 1 mois pour certains cas)
- Préavis (avec maintien du salaire) ou dispense de préavis (avec indemnité compensatrice)
- Remise des documents de fin de contrat : certificat de travail, attestation France Travail, solde de tout compte, éventuels accords de rupture
Toute irrégularité dans la procédure (pas de convocation, délais non respectés, lettre non motivée, motif flou) peut justifier une requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse par les prud'hommes, donnant droit à dommages-intérêts.
La rupture conventionnelle
La rupture conventionnelle permet de mettre fin à un contrat de travail à durée indéterminée d'un commun accord.
Voie amiable, voir notre article dédié. 1 mois minimum entre signature et effet (15 jours rétractation + 15 jours homologation DREETS). Indemnité au moins égale à l'indemnité légale de licenciement. Droit au chômage préservé.
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Vous trouvez que la période d'essai est un moment clé pour le salarié et l'employeur ?
Les indemnités de fin de contrat
Indemnité légale de licenciement
Calcul :
- 1/4 de mois de salaire par année d'ancienneté sur les 10 premières années
- 1/3 de mois de salaire par année au-delà de 10 ans
Base de calcul : le salaire le plus favorable entre 1/12 du salaire annuel brut, ou 1/3 des 3 derniers mois incluant primes annuelles au prorata.
Condition : au moins 8 mois d'ancienneté continue (1 an avant septembre 2017).
Indemnité compensatrice de préavis
Versée si le salarié n'effectue pas tout ou partie du préavis (dispense de l'employeur) : salaire plein pour la durée du préavis.
Indemnité compensatrice de congés payés
Versée pour les congés acquis non pris au moment de la rupture.
Prime de précarité (CDD seulement)
10 % du salaire total versé pendant le CDD. Non due dans quelques cas (refus CDI proposé, apprentissage, CDD d'usage).
Les recours prud'homaux
Le Conseil de Prud'hommes (CPH) est la juridiction compétente pour trancher les litiges individuels opposant employeurs et salariés. Il juge les litiges individuels entre employeur et salarié.
Compétence : licenciement contesté, heures supplémentaires non payées, harcèlement, discrimination, non-paiement du salaire, non-respect du contrat.
Délai de saisine : en général 1 an à partir de la rupture du contrat pour les litiges liés à l'exécution ou à la rupture.
Procédure :
- Conciliation (phase obligatoire, rarement concluante)
- Jugement par un bureau composé de 2 juges salariés + 2 juges employeurs (parité)
- Délibéré et notification du jugement
- En cas de désaccord, appel possible devant la Cour d'appel
Durée typique : 12-24 mois entre saisine et décision. Procédure plus rapide en référé pour les cas urgents (salaires impayés, par exemple).
Avocat non obligatoire mais recommandé pour les cas complexes. Aide juridictionnelle possible selon revenus.
Taux de succès : environ 70 % des demandes salariales aboutissent à un gain partiel ou total pour le salarié. Les dossiers bien préparés (écrits, témoignages, courriers) gagnent significativement plus souvent.
Les droits communs méconnus
Le droit au repos hebdomadaire garantit un minimum de 24 heures consécutives de repos, souvent le dimanche, sous réserve des exceptions prévues par la loi.
Les heures supplémentaires : majorées de 25 % (jusqu'à la 43ᵉ heure) et 50 % (au-delà). Limite annuelle : en général 220 heures. Compensation possible en repos équivalent.
Les congés payés : 2,5 jours ouvrables par mois travaillé (30 jours ouvrables = 5 semaines par an). Acquis depuis le 1er juin de l'année précédente, à prendre jusqu'au 31 mai de l'année suivante.
Le DIF, maintenant CPF : chaque salarié dispose de droits à formation. Voir notre article dédié.
Le droit à la déconnexion : loi El Khomri 2016. L'employeur doit définir des règles pour limiter l'intrusion du travail dans la vie privée (mails le soir, le week-end).
Le droit à l'inspection du travail : tout salarié peut saisir l'inspection du travail pour signaler des violations du Code du travail, en toute confidentialité.
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Vous aimeriez savoir comment défendre vos droits en cas de problème avec votre employeur ?
Les pièges à éviter
Ne pas signer immédiatement un document de rupture sans respecter les délais de réflexion.
Ne pas signer immédiatement un document de rupture : rupture conventionnelle, reçu pour solde de tout compte, transactions. Délais de réflexion existent ; les utiliser, éventuellement consulter un défenseur syndical ou un avocat.
Démission "à chaud" après conflit : prise d'une décision émotionnelle peut être contestée, mais difficile. Patienter 48 heures avant toute démarche.
Clause de non-concurrence non négociée : si elle figure au contrat, elle doit avoir une contrepartie financière (souvent 30-50 % du salaire pendant la durée de non-concurrence). Contrepartie manquante = clause nulle.
Heures supplémentaires non déclarées : travailler des heures non payées parce que "c'est la culture de l'entreprise" est un abus que les prud'hommes condamnent régulièrement. Conserver traces (mails tardifs, agenda, témoignages) pour les réclamer.
Faute reconnue à l'entretien préalable : ce qu'on dit dans l'entretien peut être retenu contre soi. Préparer ses réponses, se faire assister par un représentant du personnel ou un conseiller extérieur.
Solde de tout compte non lu : le signer avec la mention "sous réserve de mes droits" permet de contester ultérieurement. Sans cette mention, le solde est définitif pour les sommes mentionnées après 6 mois.
En Hérault
En Hérault, les litiges individuels du travail relèvent des Conseils de Prud'hommes de Montpellier (principal) et de Béziers.
Conseil de Prud'hommes compétent : Montpellier (principal) et Béziers. Saisine par dossier écrit ou en ligne.
Défenseurs syndicaux : CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, Sud, UNSA. Permanences juridiques gratuites pour les salariés syndiqués, modiquement payantes pour les non-syndiqués.
Inspection du travail : DREETS Occitanie, antennes à Montpellier et Béziers.
Points Justice et Maisons de Justice et du Droit : consultations juridiques gratuites en droit du travail. Présents à Montpellier, Béziers, Sète, Lunel, Agde.
France Services dans l'arrière-pays (Lodève, Saint-Pons, Ganges, Bédarieux, Clermont-l'Hérault) : orientation et assistance administrative sur les démarches.
Sources : Code du travail (articles L.1221-1 et suivants), service-public.gouv.fr, Ministère du Travail, Conseil de Prud'hommes de Montpellier et Béziers, DREETS Occitanie, jurisprudences Cour de cassation chambre sociale.
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