Louer son bien en Lot-et-Garonne : obligations du bailleur, bail, état des lieux, préavis
Acheter pour louer peut sembler une opération simple. On achète un bien, on met une annonce, on signe un bail, on encaisse les loyers. La réalité française est bien plus encadrée : la loi du 6 juillet 1989 et ses grandes réformes successives (ALUR, ELAN, Climat et Résilience, habitat dégradé) ont construit un cadre très protecteur pour le locataire, avec une rigueur administrative qui peut surprendre le bailleur non averti.
Ignorer ce cadre coûte cher. Un DPE mal anticipé bloque la location, un bail mal rédigé offre une porte de sortie au locataire, un état des lieux bâclé se paie en restitution intégrale du dépôt de garantie, une procédure d'impayés mal conduite fait perdre neuf mois à un an de loyer. À l'inverse, un bailleur méthodique gère son bien sans drame — et avec une rentabilité nette très supérieure à celle qu'il avait anticipée.
Quatre types de location, quatre régimes
Tous les baux ne se ressemblent pas. Quatre régimes distincts encadrent la location, influençant durée, protection du locataire, fiscalité et obligations administratives. Le choix du régime conditionne la durée, le niveau de protection du locataire, la fiscalité, et les contraintes administratives.
La location nue est régie par la loi du 6 juillet 1989. Le bail minimal est de trois ans si le bailleur est une personne physique, six ans s'il s'agit d'une société. C'est la formule classique de la résidence principale, avec un cadre légal le plus protecteur et une fiscalité en revenus fonciers. Le logement ne doit pas être meublé : cuisine sans équipement (hors évier et plaque éventuelle), pas de lit, pas de mobilier assis. Un ameublement trop fourni peut conduire à une requalification en meublé en cas de contentieux.
La location meublée relève elle aussi de la loi de 1989, modifiée par la loi ALUR. Le bail est d'un an minimum, neuf mois non renouvelables pour un étudiant. Le logement doit contenir tous les éléments mobiliers d'une liste officielle (décret n°2015-981) : lit avec literie complète, plaques de cuisson, four ou micro-ondes, réfrigérateur avec compartiment congélateur, vaisselle en nombre suffisant, ustensiles, table, sièges, rangements, luminaires, matériel d'entretien ménager. Oublier un élément de la liste expose à la requalification en nu. Le régime fiscal est celui des BIC, avec des abattements et des amortissements qui en font souvent la formule la plus rentable pour les bailleurs particuliers.
La location saisonnière (meublé de tourisme) est régie par le Code du tourisme. Contrats courts (moins de 90 jours consécutifs au même locataire), enregistrement obligatoire en mairie dans les communes en zone tendue — de plus en plus nombreuses en Lot-et-Garonne, notamment dans les bastides touristiques (Monflanquin, Villeréal, Pujols, Penne-d'Agenais) et dans les zones viticoles (Buzet, Duras). Les grandes villes comme Agen ou Villeneuve-sur-Lot imposent aussi une autorisation de changement d'usage et parfois une compensation en surface de bureau transformée en logement. La taxe de séjour se collecte et se reverse à la commune. Pour une résidence principale louée en saisonnier, la limite est de 120 jours par an.
Le bail mobilité, introduit par la loi ELAN de 2018, vise un public précis : locataires en mission temporaire (stage, formation, mutation, études, missions professionnelles ponctuelles). Il est meublé, dure de un à dix mois, non renouvelable, sans dépôt de garantie (une garantie Visale ou un garant personnel restent possibles). Il convient bien aux logements étudiants à Agen ou aux hébergements de courte mission dans les zones agricoles (pruneau d'Agen, vignobles de Buzet ou Duras).
Les diagnostics, première étape avant tout
Avant toute signature de bail, le bailleur doit constituer le Dossier de Diagnostics Techniques (DDT), obligatoire à annexer au contrat et à chaque renouvellement. Certains diagnostics, comme celui de performance énergétique, restent valables plusieurs années, tandis que d'autres, comme celui relatif à l'état des risques et pollutions, doivent être renouvelés plus fréquemment.
Le DPE (Diagnostic de Performance Énergétique) est devenu l'enjeu n°1 depuis la loi Climat et Résilience. Il classe le logement de A (excellent) à G (passoire thermique), avec des conséquences directes sur la possibilité de louer et d'augmenter le loyer. Un DPE est valable dix ans. Nouveauté 2026 : au 1er janvier 2026, le facteur de conversion électrique utilisé dans le calcul du DPE passe de 2,3 à 1,9, ce qui améliore mécaniquement le classement énergétique des logements chauffés à l'électricité — parfois d'une ou deux lettres, sans aucun travaux. Pour les bailleurs du Lot-et-Garonne dont les biens en centre-ville d'Agen, Villeneuve-sur-Lot ou Marmande sont souvent en chauffage électrique (convecteurs anciens ou radiateurs à inertie), ce changement peut sortir un logement de la catégorie passoire sans débourser un euro. Refaire le DPE en 2026 devient, dans ce cas de figure, un réflexe économique évident.
Le diagnostic plomb (CREP) s'impose pour les logements construits avant 1949, fréquents dans les centres anciens du département (Agen, Villeneuve-sur-Lot, Nérac, Pujols, Monflanquin). Il est valable un an s'il révèle la présence de plomb, six ans si négatif.
L'état d'amiante concerne les immeubles dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997. Sa durée de validité est illimitée en l'absence d'amiante détecté. En présence, des obligations de suivi et éventuellement de désamiantage s'ajoutent.
L'état de l'installation de gaz et celui de l'installation électrique concernent les installations de plus de quinze ans. Durée de validité : six ans. L'essentiel est de vérifier la sécurité (absence de court-circuit, mise à la terre, dispositif de sécurité gaz).
L'État des Risques et Pollutions (ERP) liste les risques naturels (inondation, retrait-gonflement des argiles, feu de forêt dans certaines zones du Lot-et-Garonne), technologiques, sismiques, et de pollution des sols auxquels le logement est exposé. Il est valable six mois. Dans le département, le risque inondation concerne particulièrement les communes en bordure de Garonne (Agen, Tonneins, Marmande, Le Passage) ou du Lot (Villeneuve-sur-Lot, Sainte-Livrade-sur-Lot). Le retrait-gonflement des argiles touche aussi de nombreuses communes, notamment dans les zones de coteaux.
Le mesurage loi Carrez, obligatoire en copropriété, indique la surface privative exacte. Il est informatif pour un bail mais lourd de conséquences : une surface réelle inférieure de plus de 5 % à celle annoncée peut donner lieu à une action en réduction de loyer.
Deux ajouts récents méritent attention : l'audit énergétique pour les logements classés F ou G à la vente (obligatoire mais pas à la location), et le diagnostic bruit dans certaines zones aéroportuaires (non concerné pour la grande majorité des logements du Lot-et-Garonne).
Le DPE, verrou pour louer en 2026
Le DPE devient un critère obligatoire pour louer en 2026.
Depuis la loi Climat et Résilience, le DPE n'est plus seulement une information. Il conditionne le droit même de mettre en location. Le calendrier est connu :
Depuis le 1er janvier 2023, gel des loyers pour les logements classés F et G — aucune augmentation annuelle à l'indice IRL, aucune revalorisation au renouvellement.
Depuis le 1er janvier 2025, les logements classés G ne peuvent plus faire l'objet d'un nouveau bail. Les baux en cours restent valides jusqu'à leur terme ou jusqu'au départ du locataire.
À partir du 1er janvier 2028, interdiction de nouveaux baux pour les classés F.
À partir du 1er janvier 2034, interdiction de nouveaux baux pour les classés E.
Pour un bailleur possédant un logement ancien dans le Lot-et-Garonne — maison de ville à simple vitrage à Agen, mas non isolé dans les coteaux de l'Agenais, appartement de centre-bourg aux murs épais sans isolation — le calendrier impose de planifier dès 2026 les travaux nécessaires pour rester dans la course. Avec une nuance : le changement du facteur électrique en 2026 peut sortir mécaniquement certains logements de la catégorie F ou G, il faut refaire le DPE avant de conclure à la nécessité de travaux.
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C'est rassurant d'avoir une procédure claire, non ?
Le bail, document structurant
Le bail écrit est un document obligatoire pour toute location.
Le bail écrit est obligatoire (jamais de location sans bail signé, même entre amis ou membres de la famille). Il doit comporter les mentions suivantes, sous peine de contestations ultérieures :
L'identité complète du bailleur et du locataire, l'adresse précise du logement, la description des lieux et de leurs annexes (cave, parking, jardin), la surface habitable et la surface Carrez quand elle s'applique, la date de prise d'effet et la durée du bail, le loyer hors charges et les charges (provisions mensuelles ou forfait), les modalités de paiement (date, mode), le dépôt de garantie, les clauses de révision annuelle du loyer indexée sur l'IRL (Indice de Référence des Loyers) publié chaque trimestre par l'INSEE.
Les clauses abusives sont interdites et réputées non écrites : caution supérieure à deux mois pour un étudiant, obligation de domiciliation bancaire chez un établissement précis, prélèvement automatique imposé, clauses de résiliation pour des motifs non prévus par la loi, interdiction générale d'héberger un proche. Un modèle de bail conforme est téléchargeable gratuitement sur service-public.gouv.fr, et les agences immobilières et ADIL de Lot-et-Garonne fournissent des modèles actualisés.
Aux annexes du bail s'ajoutent la notice d'information sur les droits et obligations du locataire et du bailleur (modèle officiel arrêté), le règlement de copropriété pour un appartement (sur demande), le DDT complet, l'état des lieux d'entrée, et éventuellement l'acte de cautionnement si un garant est demandé.
L'état des lieux, pierre angulaire des contentieux
L'état des lieux d'entrée conditionne toute la suite. Document de référence, il sert à comparer l'état du bien au départ et à l'arrivée. Un état des lieux d'entrée bâclé — quelques mots par pièce, aucune photo, aucune mention des défauts préexistants — expose le bailleur à devoir tout restituer du dépôt de garantie, y compris pour des défauts que le locataire n'a pas causés.
Les bonnes pratiques tiennent en quelques gestes simples. Remplir le document en présence du locataire, pièce par pièce, revêtement par revêtement. Prendre des photos datées de chaque pièce, chaque équipement, chaque défaut visible (rayures, traces, accrocs, électroménager). Noter les compteurs (eau, gaz, électricité) avec la date et l'heure. Faire signer les deux exemplaires par chaque partie, en remettre un à chacun. En cas de désaccord, un commissaire de justice peut dresser un état des lieux contradictoire, à frais partagés — c'est rare mais parfois nécessaire sur des biens complexes.
Le décret vétusté de 2016, précisé par un arrêté de 2017, définit l'usure normale selon la durée d'usage. Un revêtement de sol de dix ans subit une dépréciation naturelle qui ne peut pas être imputée au locataire. Un bailleur qui souhaite refacturer des dégradations doit produire des justificatifs (devis d'artisan, facture de réparation) et respecter la grille de vétusté. Retenir sans pièces ni calcul documenté expose à une action du locataire et à la restitution intégrale du dépôt majorée des intérêts.
Le dépôt de garantie, cadre strict
Le dépôt de garantie est strictement encadré : plafonné à un mois de loyer hors charges pour une location nue, deux mois pour une meublée. Il est encaissé par le bailleur à la signature du bail.
À la remise des clés, la restitution est obligatoire dans un délai de deux mois, ramené à un mois si l'état des lieux de sortie est parfaitement conforme à celui d'entrée (aucune réserve, aucune retenue à effectuer). Passé ce délai, une indemnité de 10 % du loyer mensuel par mois de retard est due au locataire, automatiquement.
Les retenues sont encadrées : uniquement des dégradations hors usure normale, justifiées par devis ou facture, et dans la limite du montant du dépôt. En copropriété, le bailleur peut retenir jusqu'à 20 % du dépôt pendant un mois supplémentaire pour régulariser les charges annuelles après la sortie — sous réserve de lettre explicative au locataire dans le délai initial.
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C'est important de bien faire l'état des lieux, non ?
Le préavis, quand le bail prend fin
Le locataire peut résilier son bail à tout moment en respectant un préavis variable selon le type de location.
Le préavis est de trois mois pour une location nue, un mois en zone tendue (communes fixées par décret, dont Agen, Villeneuve-sur-Lot, Marmande et une partie de leur agglomération) ou en cas de motif légitime : mutation professionnelle, perte d'emploi, premier emploi, problème de santé attesté, attribution d'un logement social. Pour une location meublée, le préavis est toujours d'un mois, sans distinction.
Le bailleur, lui, ne peut donner congé qu'à l'échéance du bail (fin des trois ans pour une nue, fin du bail annuel pour une meublée) et pour un motif limitativement prévu par la loi : vente du bien (avec droit de préemption du locataire), reprise pour habiter (par le bailleur, son conjoint, son partenaire de PACS, son concubin, ou ses ascendants ou descendants), motif légitime et sérieux (impayés répétés, troubles de voisinage caractérisés, non-respect des obligations du bail).
Le préavis du bailleur est de six mois avant l'échéance pour une location nue, trois mois pour une meublée. Il se signifie par courrier recommandé avec accusé de réception, par acte de commissaire de justice, ou par remise en main propre contre émargement.
Une protection renforcée s'applique aux locataires âgés de plus de 65 ans ou en situation de handicap : le bailleur ne peut donner congé que pour vendre ou habiter, et doit proposer un relogement adapté.
Les impayés, une procédure qui ne s'improvise pas
Les impayés de loyer sont un risque majeur pour les bailleurs. La procédure est encadrée et doit être suivie à la lettre.
Dès le premier impayé, le bailleur doit envoyer une lettre de rappel en recommandé avec accusé de réception, mentionnant le montant dû, les pénalités de retard (5 % du loyer mensuel), et un délai de régularisation (généralement 15 jours). En cas de non-paiement, une mise en demeure formelle est envoyée, avec mention de la possibilité de saisir la commission départementale de conciliation (CDC) ou de recourir à une procédure judiciaire.
Si le locataire ne régularise pas, le bailleur peut saisir le tribunal judiciaire pour obtenir un commandement de payer (procédure accélérée). En cas de non-paiement dans les deux mois, le bailleur peut demander la résiliation du bail et l'expulsion. L'expulsion ne peut intervenir qu'après décision de justice et avec l'intervention d'un huissier de justice.
Pour se prémunir, le bailleur peut exiger un garant solvable (caution simple ou solidaire) ou recourir à une garantie Visale (pour les locataires de moins de 30 ans ou en CDI depuis moins de six mois). Les assurances loyers impayés (GLI) existent mais sont coûteuses (2 à 4 % du loyer annuel) et souvent assorties de franchises.
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C'est un peu fastidieux, toutes ces formalités, non ?
La fiscalité, poste trop souvent négligé
Les revenus locatifs sont imposables, mais des régimes avantageux existent selon le type de location.
Pour une location nue, les revenus sont imposés dans la catégorie des revenus fonciers. Deux régimes possibles : le régime réel, avec déduction des charges (travaux, intérêts d'emprunt, taxes foncières, assurances, frais de gestion) et amortissement du bien, ou le régime micro-foncier (abattement forfaitaire de 30 %, plafonné à 15 000 € de revenus annuels). Le régime réel est souvent plus avantageux pour les bailleurs engagés dans des travaux de rénovation énergétique.
Pour une location meublée, les revenus relèvent des Bénéfices Industriels et Commerciaux (BIC). Là encore, deux options : le régime micro-BIC (abattement de 50 %, plafonné à 77 700 € de recettes en 2026) ou le régime réel, avec déduction des charges réelles et amortissement du bien et des meubles. Le régime réel est intéressant pour les bailleurs avec des charges élevées (emprunt, travaux).
Les plus-values à la revente sont imposées après abattement pour durée de détention (6 % par an à partir de la 6ᵉ année, exonération totale après 22 ans). Les biens détenus depuis plus de 30 ans bénéficient d'une exonération totale.
Les aides fiscales existent pour les travaux d'amélioration énergétique : crédit d'impôt transition énergétique (CITE) pour les propriétaires occupants, déduction des intérêts d'emprunt pour les bailleurs. Les travaux éligibles (isolation, chauffage performant, VMC double flux) ouvrent droit à des réductions d'impôt ou à des subventions (MaPrimeRénov', CEE).
Les quatre pièges qui coûtent le plus cher
- Un DPE obsolète ou erroné : Un DPE classé F ou G bloque la location. Refaire le diagnostic en 2026 avec le nouveau facteur électrique peut éviter des travaux coûteux.
- Un bail mal rédigé : Des clauses abusives ou des mentions manquantes exposent à des contestations et à des pertes de loyer.
- Un état des lieux incomplet : Sans preuves des défauts initiaux, le bailleur perd tout recours pour les dégradations.
- Une procédure d'impayés mal engagée : Une erreur de forme ou un délai non respecté annule la procédure et prolonge les impayés.
Les ressources utiles pour un bailleur en Lot-et-Garonne
- ADIL de Lot-et-Garonne : Conseil juridique et financier gratuit sur le logement.
- Chambre des Métiers et de l'Artisanat : CMA Lot-et-Garonne pour les artisans et professionnels du bâtiment.
- Chambre de Commerce et d'Industrie : CCI Lot-et-Garonne pour les bailleurs professionnels et les investisseurs.
- Conseil départemental : Lot-et-Garonne.fr pour les aides locales et les dispositifs d'accompagnement.
- France Rénov' : france-renov.gouv.fr pour les aides à la rénovation énergétique.
Sources :
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