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Ateliers de céramique dans les Pyrénées-Atlantiques : tomettes et carrelages traditionnels revisités

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Les Pyrénées-Atlantiques, entre l’océan Atlantique et les sommets pyrénéens, abritent une tradition céramique profondément ancrée dans son patrimoine architectural. Des sols en tomettes des maisons basques aux carrelages émaillés des hôtels particuliers de Pau ou de Bayonne, ces revêtements incarnent un savoir-faire transmis depuis des générations. Aujourd’hui, les ateliers locaux perpétuent ces techniques tout en les adaptant aux exigences contemporaines, entre respect des matériaux bruts et innovations esthétiques.

Histoire des tomettes et carrelages dans les Pyrénées-Atlantiques

Les premières traces de production céramique dans les Pyrénées-Atlantiques remontent à l’époque gallo-romaine, avec des ateliers identifiés près de Lescar et de Saint-Jean-Pied-de-Port. Au Moyen Âge, les tomettes en terre cuite s’imposent dans les maisons basques et béarnaises, notamment dans les vallées pyrénéennes, où leur format rectangulaire ou hexagonal (entre 15 et 25 cm de côté) facilite leur pose en motifs géométriques. Ces carreaux, cuits à basse température, offrent une résistance remarquable au climat océanique humide, marqué par des pluies fréquentes et des variations thermiques modérées.

La Renaissance et l’époque baroque voient l’essor des carrelages émaillés, notamment à Pau et Bayonne, où les influences espagnoles et flamandes se mêlent aux motifs locaux. Les hôtels particuliers du quartier du Château de Pau ou du Grand Bayonne arborent des sols aux décors polychromes, mêlant rosaces, entrelacs et motifs inspirés de la nature. À Saint-Jean-de-Luz, les maisons de pêcheurs et d’armateurs intègrent des carreaux aux tons bleus et verts, évoquant les reflets de l’océan. Les ateliers locaux développent des techniques spécifiques, comme l’émaillage au sel, pour renforcer la résistance des pièces aux embruns marins.

Au XIXe siècle, l’industrialisation transforme la production avec l’ouverture de manufactures près des gisements d’argile du Béarn (notamment autour d’Orthez et de Salies-de-Béarn). Les tomettes, souvent teintées à l’ocre rouge ou jaune, deviennent un élément caractéristique des maisons rurales, des fermes du Pays basque aux villas balnéaires de Biarritz. Leur déclin au XXe siècle, face à la concurrence des revêtements synthétiques, est aujourd’hui compensé par un regain d’intérêt pour les matériaux naturels, porté par la rénovation du patrimoine et l’engouement pour les éco-constructions.

Les techniques traditionnelles de fabrication

La fabrication des tomettes et carrelages traditionnels dans les Pyrénées-Atlantiques suit un processus artisanal rigoureux, transmise de génération en génération. L’argile, prélevée dans les carrières locales du Béarn (notamment autour de Mourenx et de Lacq) ou des vallées basques, est sélectionnée pour sa teneur en silice et en oxydes de fer, qui lui confèrent une couleur rougeâtre ou ocre après cuisson. Une fois extraite, elle est malaxée avec de l’eau pour obtenir une pâte homogène, appelée "barbotine", puis laissée reposer pour éliminer les bulles d’air.

Le façonnage s’effectue selon deux méthodes principales. Pour les tomettes, la pâte est pressée dans des moules en bois, souvent fabriqués en chêne ou en hêtre, puis démoulée et séchée à l’air libre pendant plusieurs semaines. Les carrelages émaillés, plus fins, sont estampés à la main ou découpés à l’emporte-pièce avant d’être décorés. L’émaillage, étape clé, utilise des glaçures à base de silice, de feldspath et de pigments naturels (cobalt pour les bleus, oxyde de cuivre pour les verts, oxyde de fer pour les ocres). Ces glaçures sont appliquées au pinceau ou par trempage, avant une cuisson à haute température (900–1 100 °C) dans des fours à bois ou à gaz.

La cuisson, réalisée en plusieurs étapes, est cruciale pour la résistance des pièces. Les tomettes subissent souvent une première cuisson à 900 °C (dite "biscuit"), suivie d’une seconde après émaillage. Les carreaux destinés aux extérieurs peuvent bénéficier d’une troisième cuisson pour renforcer leur imperméabilité. Les fours traditionnels, comme ceux encore en usage près de Sauveterre-de-Béarn, fonctionnent au bois de chêne, ce qui confère aux pièces des nuances uniques selon la durée et l’intensité de la flamme. Ce savoir-faire, préservé par des ateliers comme ceux de la Chambre de Métiers des Pyrénées-Atlantiques, allie précision technique et sensibilité artistique.

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Magalie

C'est impressionnant, comment ces carrelages s'intègrent aujourd'hui, hein ?

Les ateliers de céramique spécialisés dans les Pyrénées-Atlantiques

Les Pyrénées-Atlantiques comptent une quinzaine d’ateliers dédiés aux tomettes et carrelages traditionnels, concentrés autour de Pau, Bayonne, et dans les vallées pyrénéennes.

À Pau et Billère, plusieurs ateliers se spécialisent dans la restauration du patrimoine, collaborant avec les Architectes des Bâtiments de France pour reproduire des motifs historiques. Ces structures, comme l’atelier Terres de Béarn, disposent d’archives de moules anciens permettant de recréer des décors spécifiques aux hôtels particuliers du XVIIIe siècle ou aux églises baroques du Pays basque. Leur expertise s’étend aux techniques de pose traditionnelles, avec des mortiers à la chaux adaptés aux supports anciens.

Dans le Pays basque (Bayonne, Biarritz, Saint-Jean-de-Luz), les ateliers perpétuent une production inspirée des motifs basques, comme les lauburus (croix basques) ou les rosaces géométriques. Des structures comme Argile & Tradition à Espelette ou Atelier Aïnhoa à Sare proposent des séries limitées en terre cuite émaillée, souvent teintées aux pigments naturels (ocres des carrières de Soule, bleus de cobalt). Ces ateliers organisent également des stages pour transmettre les techniques de modelage et d’émaillage, en partenariat avec les Mission Locales du Pays Basque.

En Béarn (Oloron-Sainte-Marie, Orthez), les ateliers misent sur des créations contemporaines revisitant les motifs traditionnels. Certains, comme Céramiques des Gaves, collaborent avec des designers pour proposer des carrelages aux formats innovants (dalles XXL, carreaux allongés) tout en conservant des techniques ancestrales. La proximité des gisements d’argile et des fours à bois permet une production en circuit court, valorisée par le label Sud de France.

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Magalie

C'est fascinant, ces carrelages qui racontent l'histoire, non ?

Les motifs et designs des tomettes et carrelages

Les motifs des tomettes et carrelages des Pyrénées-Atlantiques reflètent la double influence basque et béarnaise. Les compositions géométriques dominent, avec des lauburus (symboles basques), des rosaces à huit branches, ou des entrelacs inspirés des frontons de pelote. À Bayonne et Biarritz, les carrelages des hôtels particuliers du XIXe siècle arboraient des décors "à la basque", mêlant motifs marins (vagues, coquillages) et végétaux (fleurs de piment d’Espelette, feuilles de chêne).

Les couleurs traditionnelles puisent dans les ressources locales :

  • Ocres rouges et jaunes : extraits des carrières de Soule et du Béarn.
  • Bleus profonds : obtenus à partir de cobalt, évoquant l’océan ou les montagnes.
  • Verts : tirés de l’oxyde de cuivre, rappelant les forêts des vallées d’Aspe ou d’Ossau.
  • Noirs : issus du manganèse, utilisés pour les contours des motifs.

Les ateliers contemporains, comme Céramique & Couleurs à Pau, revisitent ces palettes avec des contrastes modernes (noir et blanc, bleu électrique et terre cuite) tout en conservant des techniques artisanales. Les formats varient selon les époques : tomettes hexagonales de 15 cm pour les maisons basques, carreaux rectangulaires (20x40 cm) pour les halls d’entrée des villas balnéaires, ou dalles sur mesure (jusqu’à 60x60 cm) pour les projets contemporains.

Les applications contemporaines des carrelages traditionnels

Les carrelages traditionnels des Pyrénées-Atlantiques s’intègrent aujourd’hui dans des projets variés, alliant patrimoine et modernité.

Habitat individuel

Dans les maisons basques ou béarnaises, les tomettes en terre cuite brute habillent les sols des pièces à vivre, où leur inertie thermique régule naturellement la température – un atout dans un climat océanique aux hivers humides. Leur pose en opus incertum (joint large à la chaux) crée un effet rustique qui dialogue avec le bois de chêne ou la pierre des Pyrénées. Les cuisines et salles de bains intègrent des carrelages émaillés aux motifs géométriques, traités avec des finitions anti-taches et anti-glisse conformes aux normes en vigueur.

Espaces publics et commerciaux

À Bayonne et Biarritz, des cafés et hôtels de luxe misent sur des sols en tomettes pour évoquer l’histoire locale. Le Grand Hôtel de Biarritz a ainsi restauré ses sols d’origine en collaborant avec l’atelier Patrimoine & Céramique. Les collectivités, comme la Ville de Pau, subventionnent la rénovation des façades commerciales avec des matériaux traditionnels, dans le cadre des plans de sauvegarde du patrimoine.

Extérieurs et aménagements paysagers

Les carreaux en terre cuite non émaillée, traités contre le gel, équipent les terrasses et abords de piscine. Leur porosité naturelle limite la surchauffe en été, contrairement aux dalles en béton. Certains ateliers, comme Terres d’Oc à Lons, proposent des gammes spécifiques pour les jardins, avec des motifs inspirés des makilas (bâtons basques) ou des arburus (arbres sacrés du Pays basque).

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Magalie

Ça vous touche, ce savoir-faire artisanal, non ?

Les matériaux utilisés pour les tomettes et carrelages

La terre cuite, matériau emblématique, provient des gisements argilo-calcaires du Béarn (Mourenx, Lacq) et des vallées basques (Soule, Basse-Navarre). Son taux élevé en oxydes de fer lui confère une teinte rouge caractéristique, tandis que les argiles de la région de Saint-Palais, plus claires, permettent des tons ocre ou beige. Pour les sols extérieurs, les artisans incorporent des chamottes (argile cuite broyée) pour réduire la porosité et améliorer la résistance au gel.

Les émaux sont composés de silice, de feldspath, et de pigments minéraux :

  • Bleu de Bayonne : à base de cobalt, inspiré des faïences locales.
  • Vert d’Ossau : obtenu avec de l’oxyde de cuivre, évoquant les vallées pyrénéennes.
  • Rouge de Béarn : issu d’oxyde de fer, typique des maisons rurales.

Les joints, réalisés avec des mortiers à la chaux hydraulique naturelle, sont adaptés aux variations hygrométriques du climat océanique. Certains ateliers, comme L’Argile Rouge à Hendaye, proposent des joints teintés avec des pigments naturels pour un rendu harmonisé.


Sources :

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