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Actualité Loué · 8 juin 2026

Expulsion pour travaux fictifs et location touristique : les recours juridiques du locataire à Loué

Expulsion pour travaux fictifs et location touristique : les recours juridiques du locataire à Loué

Ce qu'il s'est passé à Loué

Une information relayée par la presse locale révèle qu'un ménage a été contraint de quitter son logement à Loué, dans la Sarthe, après avoir reçu un congé pour réalisation de travaux importants. Peu de temps après leur départ, les anciens occupants ont découvert que l'appartement était proposé à la location de courte durée sur la plateforme Booking.com, à des prix nettement supérieurs au loyer qu'ils acquittaient. Cette situation, si elle est avérée, constitue une fraude caractérisée : le bailleur a utilisé le prétexte de travaux pour récupérer le bien et le basculer vers une activité de location touristique, plus lucrative. Source

Le cadre légal du congé pour travaux : conditions strictes et sanctions

Le congé pour travaux est une cause légitime de reprise du logement par le bailleur, mais il est soumis à des conditions de fond et de forme très strictes, définies par l'article 15 de la loi du 6 juillet 1989 et les articles L. 632-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation (CCH). Le bailleur doit justifier de travaux répondant à l'une des trois catégories légales : travaux de mise en conformité avec les normes de décence, travaux d'amélioration ou travaux de transformation. Ces travaux doivent être d'une ampleur telle qu'ils rendent l'occupation du logement impossible ou dangereux pour le locataire.

La notification du congé doit respecter un formalisme précis : remise en main propre contre décharge ou envoi en recommandé avec accusé de réception, ou acte d'huissier. Elle doit mentionner le motif précis, la nature des travaux envisagés et, le cas échéant, l'indemnité d'éviction proposée. Le délai de préavis est de six mois pour les locations vides et de trois mois pour les locations meublées. Tout manquement à ces exigences forme ou fond rend le congé nul et non avenu, ce qui maintient le bail en vigueur.

En cas de contestation, le juge vérifie la réalité et la consistance des travaux annoncés. Si les travaux ne sont pas entrepris dans un délai raisonnable ou s'ils ne correspondent pas à la description fournie, le congé peut être requalifié en congé frauduleux. La jurisprudence sanctionne sévèrement les bailleurs qui invoquent des travaux fictifs pour masquer une reprise abusive du logement.

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Magalie

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La requalification en location touristique : un détournement de procédure

La découverte de l'annonce sur Booking.com suggère un changement de destination du local d'habitation en meublé de tourisme. Ce changement est encadré par le Code de l'urbanisme (articles L. 631-7 et suivants) et, dans les communes de plus de 200 000 habitants ou celles soumises à une forte tension locative, par une autorisation préalable de changement d'usage (décret n° 2017-437). Même en dehors de ces zones, la location répétée de courte durée à une clientèle de passage caractérise une activité commerciale de meublé de tourisme, soumise à déclaration en mairie et à enregistrement.

Le détournement de la procédure de congé pour travaux afin de contourner la réglementation sur les meublés de tourisme et la protection du locataire constitue une fraude. Le bailleur prive le locataire de son droit au maintien dans les lieux et détourne la résidence principale de sa vocation d'habitation. Cette pratique est d'autant plus grave qu'elle s'inscrit dans un contexte de tension sur le marché locatif, où la transformation de logements en locations touristiques réduit l'offre disponible pour les résidents permanents.

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Magalie

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Les recours du locataire : contester le congé et demander des dommages-intérêts

Face à un congé pour travaux suspecté d'être fictif, le locataire dispose de plusieurs voies de recours. La première consiste à saisir le juge des contentieux de la protection (JCP) du tribunal judiciaire pour demander l'annulation du congé. Si le bail est toujours en cours, le locataire peut demander le maintien dans les lieux ou, s'il a déjà quitté le logement, une indemnité d'éviction majorée. L'article 15, III de la loi de 1989 prévoit que le locataire évincé a droit à une indemnité au moins égale aux frais de déménagement et de réinstallation, ainsi qu'à une indemnité pour le préjudice subi.

En cas de fraude avérée, le locataire peut également demander des dommages-intérêts sur le fondement de la responsabilité civile délictuelle (articles 1240 et 1241 du Code civil) pour le préjudice moral et matériel : frais de déménagement, différence de loyer avec un nouveau logement, troubles dans les conditions d'existence. La jurisprudence admet l'allocation de dommages-intérêts significatifs lorsque le bailleur a agi de mauvaise foi.

Parallèlement, le locataire peut signaler la situation à la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) ou à la mairie pour non-respect de la réglementation sur les meublés de tourisme (absence d'enregistrement, non-déclaration de changement d'usage). Ces autorités peuvent engager des poursuites administratives et prononcer des amendes.

Le rôle du juge des contentieux de la protection et la procédure d'urgence

Le juge des contentieux de la protection est compétent pour statuer sur la validité du congé et les demandes indemnitaires. La procédure s'engage par assignation ou requête conjointe. En cas d'urgence, notamment si le locataire est sans solution de relogement, il est possible de saisir le juge en référé (article 873 du Code de procédure civile) pour obtenir une mesure provisoire de maintien dans les lieux ou de suspension de l'exécution du congé, sous réserve de démontrer l'apparence de bon droit et l'urgence.

Le juge apprécie la réalité des travaux au vu des pièces produites : devis, factures, autorisations d'urbanisme (permis de construire, déclaration préalable), correspondance avec les entreprises. L'absence de tout commencement d'exécution des travaux dans les mois suivant la libération des lieux est un indice fort de fraude. De même, la mise en location touristique concomitante ou rapide est un élément de preuve déterminant.

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Magalie

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Les sanctions pénales et administratives encourues par le bailleur

Au-delà des sanctions civiles, le bailleur s'expose à des poursuites pénales. L'article 226-4-2 du Code pénal réprime le fait, pour un bailleur, de donner congé frauduleusement pour reprendre le logement à des fins autres que celles prévues par la loi. Cette infraction est punie de 3 ans d'emprisonnement et de 45 000 euros d'amende. La tentative est punie des mêmes peines.

Par ailleurs, l'exercice illégal de l'activité de meublé de tourisme (absence d'enregistrement, non-respect de la procédure de changement d'usage) est sanctionné par des amendes administratives pouvant aller jusqu'à 50 000 euros par local (article L. 651-2 du CCH). La plateforme de réservation (Booking.com, Airbnb, etc.) a également l'obligation de vérifier l'enregistrement du logement avant de diffuser l'annonce, sous peine d'amende.

Le locataire peut se constituer partie civile dans le cadre d'une procédure pénale pour obtenir réparation de son préjudice. Le signalement au procureur de la République peut être effectué directement ou par l'intermédiaire d'une association de défense des consommateurs ou d'un avocat.

Prévention et vigilance : se faire accompagner par un avocat en droit immobilier

La complexité des procédures et la technicité des preuves exigent souvent l'assistance d'un avocat spécialisé en droit immobilier. Celui-ci pourra analyser la validité du congé, réunir les éléments de preuve (captures d'écran de l'annonce, attestations, correspondance), engager la procédure adaptée (annulation du congé, indemnisation, référé) et représenter le locataire devant le juge.

Il est recommandé de conserver tous les documents relatifs au bail, au congé reçu, aux échanges avec le bailleur, ainsi que toute trace de la mise en location touristique (URL, captures d'écran datées, avis de clients). Une réaction rapide est essentielle : les délais pour contester un congé sont courts (généralement deux mois à compter de la notification pour saisir le juge de la validité du congé, mais l'action en dommages-intérêts peut être exercée dans un délai de cinq ans).

Les associations de locataires (CNL, CLCV, AFOC) et les Agences départementales d'information sur le logement (ADIL) offrent également une première information gratuite et peuvent orienter vers un avocat. Le service public France Rénov' et l'ANIL publient des guides pratiques sur les droits des locataires face aux congés pour travaux.

En définitive, la loi protège le locataire contre les expulsions déguisées. Le détournement de la procédure de congé pour travaux au profit d'une location touristique est une fraude grave, sanctionnée civilement et pénalement. La vigilance des occupants et le recours à la justice permettent de faire respecter les droits attachés à la résidence principale.

Questions fréquentes

Comment prouver que le congé pour travaux est fictif ?

La preuve peut résulter de l'absence de démarrage des travaux dans un délai raisonnable, de l'absence de devis ou factures, de l'absence d'autorisation d'urbanisme requise, ou de la mise en location touristique du logement peu après le départ du locataire (captures d'écran d'annonces sur Booking, Airbnb, etc.).

Quel délai pour contester un congé pour travaux devant le juge ?

Le locataire dispose généralement d'un délai de deux mois à compter de la notification du congé pour saisir le juge des contentieux de la protection en contestation de la validité du congé. L'action en dommages-intérêts peut être exercée dans les cinq ans.

Quelle indemnité le locataire peut-il obtenir en cas de congé frauduleux ?

Le locataire a droit à une indemnité d'éviction au moins égale aux frais de déménagement et de réinstallation, majorée le cas échéant, ainsi qu'à des dommages-intérêts pour le préjudice moral et matériel (différence de loyer, troubles de jouissance).

Le bailleur a-t-il le droit de louer son bien sur Booking après un congé pour travaux ?

Non, si le congé a été donné pour des travaux réels, le logement doit faire l'objet de ces travaux. Le basculer immédiatement en location touristique caractérise une fraude au congé et, le cas échéant, une infraction à la réglementation sur les meublés de tourisme (enregistrement, changement d'usage).

Quelles sont les sanctions pénales pour le bailleur en cas de congé frauduleux ?

L'article 226-4-2 du Code pénal prévoit jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 45 000 euros d'amende pour le bailleur qui donne congé frauduleusement. S'y ajoutent les amendes administratives pour location touristique irrégulière (jusqu'à 50 000 euros par local).

Où trouver de l'aide gratuite pour un locataire expulsé injustement ?

Les ADIL (Agences départementales d'information sur le logement), les associations de locataires (CNL, CLCV, AFOC) et le service France Rénov' offrent une information gratuite. Un avocat en droit immobilier peut être consulté, éventuellement au titre de l'aide juridictionnelle.