Actualité Loué · 8 juin 2026
Expulsion pour travaux fictifs à Loué : comment contester un congé frauduleux et obtenir réparation

Ce qu'il s'est passé à Loué
Une affaire récente met en lumière une pratique frauduleuse touchant des locataires de la commune de Loué, en Sarthe. Selon une information relayée par Actu locale Loué, des occupants ont reçu un congé pour réalisation de travaux importants. Peu de temps après leur départ forcé, ils ont découvert leur ancien appartement proposé à la location de courte durée sur la plateforme Booking.com, à des tarifs bien supérieurs au loyer initial.
Cette situation, si elle est avérée, caractérise un détournement de procédure. Le congé pour travaux, strictement encadré par la loi du 6 juillet 1989, ne peut être utilisé comme un prétexte pour reprendre un bien afin de le destiner à une activité lucrative de location saisonnière. Les locataires concernés disposent de voies de recours solides pour faire sanctionner cette fraude et obtenir réparation de leur préjudice.
Le congé pour travaux : conditions de validité et obligations du bailleur
Pour être valable, un congé pour travaux doit respecter des conditions de fond et de forme strictes, définies à l'article 15 de la loi n° 89-462 du 6 juillet 1989. Le bailleur doit justifier de travaux répondant à l'une des trois catégories légales : travaux de mise en conformité avec les normes de décence ou de sécurité, travaux d'amélioration de la performance énergétique, ou travaux de transformation du local d'habitation en local à usage professionnel.
La notification du congé doit être remise en main propre contre décharge, signifiée par commissaire de justice (huissier) ou envoyée par lettre recommandée avec accusé de réception. Elle doit préciser le motif invoqué, la nature des travaux envisagés et leur coût estimatif. Le délai de préavis est de six mois pour la location vide et de trois mois pour la location meublée.
Point de vigilance majeur : le bailleur n'a pas l'obligation de joindre les devis ou le permis de construire au congé, mais il doit être en mesure de les produire en cas de contestation. L'absence de commencement d'exécution des travaux dans un délai raisonnable après le départ du locataire (généralement considéré comme un an par la jurisprudence) constitue un indice fort de fraude. Le locataire peut consulter les autorisations d'urbanisme (permis de construire, déclaration préalable) en mairie ou via le géoportail de l'urbanisme pour vérifier la réalité du projet.
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La requalification en fraude : location touristique déguisée
La découverte de l'annonce sur Booking.com transforme radicalement la nature du litige. Il ne s'agit plus d'un simple désaccord sur la nécessité de travaux, mais d'une fraude au congé. Le bailleur a utilisé une procédure légale protectrice (le congé pour travaux) pour masquer une intention réelle : transformer le logement en meublé de tourisme, souvent plus rentable.
Cette pratique est d'autant plus grave qu'elle prive le locataire de son droit au maintien dans les lieux et du bénéfice de l'indemnité d'éviction prévue à l'article 15, alinéa 2 de la loi de 1989, lorsque le congé est donné pour un motif autre que la vente ou la reprise personnelle. En l'espèce, le motif « travaux » est fictif.
La requalification en location touristique implique également des obligations réglementaires spécifiques pour le bailleur : déclaration en mairie, obtention d'un numéro d'enregistrement (dans les communes de plus de 200 000 habitants ou celles soumises à règlementation), respect des normes de sécurité incendie et d'accessibilité ERP (Établissement Recevant du Public) pour la location de courte durée. Le non-respect de ces obligations aggrave la responsabilité du propriétaire.
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Les recours du locataire : contestation, indemnisation et réintégration
Face à un congé frauduleux, le locataire dispose de plusieurs leviers d'action, qui peuvent être cumulés :
1. La contestation du congé devant le juge des contentieux de la protection
Le locataire peut saisir le juge des contentieux de la protection (anciennement tribunal d'instance) du lieu de situation de l'immeuble. L'action vise à faire déclarer le congé nul et non avenu pour fraude ou défaut de motif réel et sérieux. La charge de la preuve de la réalité des travaux incombe au bailleur. Si le juge constate que les travaux n'ont pas été entrepris ou ne correspondent pas aux catégories légales, il prononce la nullité du congé.
2. La demande de dommages-intérêts
L'article 15 de la loi de 1989 prévoit explicitement que si le congé est jugé irrecevable ou si les travaux ne sont pas réalisés, le bailleur est tenu de verser au locataire une indemnité qui ne peut être inférieure à six mois de loyer (charges comprises), outre le remboursement des frais de déménagement et de réinstallation. Cette indemnité est due de plein droit, sans que le locataire ait à prouver un préjudice spécifique, dès lors que la fraude ou l'inexécution est établie.
3. La réintégration dans les lieux
Bien que plus rare en pratique car le logement a souvent été modifié ou reloué, le locataire peut demander sa réintégration dans les lieux aux conditions du bail initial (même loyer, mêmes clauses). Cette mesure est ordonnée par le juge si elle est matériellement possible et si le locataire le demande expressément.
4. La procédure d'urgence : le référé
En parallèle, une procédure de référé (article 873 du Code de procédure civile) peut être engagée pour obtenir rapidement la suspension de l'exécution du congé ou une provision sur dommages-intérêts, dans l'attente du jugement au fond. Cela permet de geler la situation le temps de l'instruction.
Le rôle de l'avocat en droit immobilier et de l'ADIL
La complexité de la preuve (démontrer l'intention frauduleuse, l'absence de travaux, le lien avec la location touristique) rend l'assistance d'un avocat compétent en droit immobilier quasi indispensable. Celui-ci saura :
* Rédiger l'assignation en intégrant les pièces probantes (captures d'écran de l'annonce Booking, attestations de voisins, extraits de cadastre, documents d'urbanisme). * Solliciter une mesure d'instruction (ordonnance sur requête) pour faire constater par huissier l'état du logement et son occupation touristique. * Chiffrer précisément le préjudice (loyers perdus, frais de déménagement double, trouble anormal de voisinage si le locataire a dû reloger sa famille en urgence). * Négocier une transaction équitable ou plaider devant le tribunal.
Parallèlement, l'ADIL (Agence Départementale d'Information sur le Logement) de la Sarthe offre une consultation juridique gratuite et confidentielle. Les juristes de l'ADIL peuvent analyser la validité formelle du congé, informer sur les délais de recours et orienter vers un avocat. C'est souvent la première étape recommandée avant toute action contentieuse. Le numéro unique 0 806 000 113 (Service-Public.fr) permet d'être mis en relation avec l'ADIL compétente.
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Sanctions pénales et civiles pour le bailleur indélicat
Au-delà du contentieux civil, le bailleur s'expose à des sanctions pénales. L'article 226-4 du Code pénal réprime le fait de se faire remettre des fonds ou des biens par fraude. L'utilisation d'un congé fictif pour récupérer un bien et en tirer profit peut être qualifié d'escroquerie (article 313-1 du Code pénal), passible de 5 ans d'emprisonnement et 375 000 € d'amende.
De plus, la location touristique non déclarée ou non conforme expose à des amendes administratives (jusqu'à 50 000 € par infraction selon l'article L. 324-1-1 du Code du tourisme) et à l'obligation de rembourser les indus perçus. La plateforme Booking.com a également l'obligation de vérifier le numéro d'enregistrement dans les zones tendues ; son absence peut entraîner la suppression de l'annonce.
Le locataire peut signaler ces faits au Procureur de la République près le tribunal judiciaire du Mans, ainsi qu'à la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) de la Sarthe pour les aspects consommation et concurrence déloyale.
Prévention et vigilance pour les locataires
Pour se prémunir contre ce type de situation, tout locataire recevant un congé pour travaux doit :
1. Vérifier la forme : respect du délai de préavis, mention précise des travaux, mode de notification. 2. Exiger les justificatifs : demander copie des devis, du permis de construire ou de la déclaration préalable, de l'assurance dommages-ouvrage. 3. Surveiller les annonces : configurer des alertes sur les plateformes (Airbnb, Booking, Abritel, LeBonCoin) avec l'adresse du logement. 4. Conserver les preuves : captures d'écran datées, attestations de tiers, correspondance avec le bailleur. 5. Réagir vite : le délai pour contester le congé est court (généralement avant l'expiration du préavis ou dans les mois qui suivent la sortie des lieux pour la nullité).
La loi protège le locataire de bonne face contre les manœuvres dolosives. L'affaire de Loué rappelle que le droit au logement n'est pas une variable d'ajustement pour la rentabilité immobilière.
Questions fréquentes
Mon propriétaire m'a donné congé pour travaux mais je vois mon appartement sur Airbnb/Booking. Que faire en premier ?
Réalisez immédiatement des captures d'écran datées de l'annonce (photos, description, calendrier de disponibilité, prix). Contactez l'ADIL de votre département (0 806 000 113) pour une analyse gratuite de la validité du congé. Consultez un avocat en droit immobilier pour engager une procédure de nullité du congé et demander des dommages-intérêts (minimum 6 mois de loyer).
Quel est le délai pour contester un congé pour travaux frauduleux ?
L'action en nullité du congé se prescrit par 5 ans (article 2224 Code civil) mais il est crucial d'agir avant l'expiration du préavis si possible, ou dès la découverte de la fraude. En référé, la saisine est possible à tout moment tant que l'expulsion n'est pas définitive. Ne tardez pas : la preuve de la relocation touristique peut disparaître (annonce retirée).
Le bailleur a-t-il le droit de me mettre dehors pour faire de la location saisonnière ?
Non. Le congé pour travaux ne peut viser que des travaux précis (décence, énergie, transformation). La location touristique n'est pas un motif légal de congé. Si le bailleur veut exploiter en meublé de tourisme, il doit attendre la fin naturelle du bail (ou donner congé pour vente/reprise personnelle aux conditions strictes) et respecter la réglementation locale (enregistrement, changement d'usage).
Quelle indemnité puis-je obtenir si le juge annule le congé pour fraude ?
L'article 15 de la loi de 1989 prévoit une indemnité minimum de 6 mois de loyer charges comprises, plus le remboursement des frais réels de déménagement et de réinstallation (frais d'agence, double loyer temporaire, garde-meubles). Des dommages-intérêts complémentaires pour préjudice moral ou trouble anormal peuvent s'ajouter selon les circonstances.
Dois-je payer un avocat pour cette procédure ?
La représentation par avocat est obligatoire devant le Tribunal judiciaire (ex-TGI) pour les loyers > 10 000 € ou en appel, mais facultative devant le Juge des contentieux de la protection (ex-TI) pour les demandes inférieures. Cependant, la technicité de la preuve (fraude, droit de l'urbanisme, plateformes numériques) rend l'avocat vivement conseillé. Vérifiez votre assurance protection juridique (souvent incluse dans l'assurance habitation) qui peut prendre en charge les frais.
Comment signaler une location touristique illégale ?
Signalez à la mairie (service urbanisme/hygiène) qui contrôle les déclarations et changements d'usage. Signalez à la DDPP (Direction Départementale de la Protection des Populations) pour pratique commerciale trompeuse. Signalez sur la plateforme elle-même (Booking, Airbnb) via le bouton 'Signaler un problème' en mentionnant l'absence de numéro d'enregistrement obligatoire.
